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24/12/2008

Trois livres politiques français : Mennessier, Griotteray, Taguieff

 

Pierre I. Lurçat

 

AZF, Un silence d'Etat de Marc Mennessier

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Toulouse, 21 septembre 2001 : L'usine AZF explose, provoquant la mort de 30 personnes, en blessant 3000 autres, endommageant des milliers d'habitations. Accident ou attentat ? Très rapidement, la thèse de l'accident s'impose comme une vérité officielle, malgré les nombreux faits troublants et incohérences. Deux journalistes français, Anne-Marie Casteret de L'Express et Marc Mennessier du Figaro, vont mener une enquête minutieuse, pendant plusieurs années, en bravant l'hostilité de la police, de la justice et de leurs propres confrères. Ce livre présente leurs conclusions et relate quatre ans d'investigations. Il montre comment les autorités françaises ont délibérément écarté tous les éléments de preuve accréditant la thèse d'un attentat islamiste, alors même qu'un ouvrier intérimaire d'origine tunisienne, Hassan J., avait été retrouvé mort sur les lieux de l'explosion, portant sur lui 5 slips ou caleçons superposés, conformément au rituel des kamikazes islamistes. Par lâcheté et par une hypocrisie bien française, les plus hautes autorités de la République ont ainsi voulu étouffer ce qui semble bien avoir été le "11 septembre français", préférant dissimuler cette réalité dérangeante... Marc Mennessier n'est pas tendre avec ses collègues journalistes et avec les médias en général. Son livre montre que l'opinion est manipulée et que le "quatrième pouvoir", au lieu de jouer son rôle de recherche de la vérité, se rend souvent complice du pouvoir politique. On comprend mieux, en lisant ce livre important, la désinformation qui règne dans les médias français au sujet du Moyen-Orient et d'Israël, lorsqu'on constate qu'elle concerne tout autant l'actualité intérieure à l'Hexagone.

 

AZF, Un silence d'Etat, Seuil 2008, 271 pages, 20 euros.

 

Qui furent les premiers résistants ? d'Alain Griotteray

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Homme politique, écrivain et journaliste français récemment disparu, Alain Griotteray était aussi un des plus jeunes résistants et l'instigateur de la fameuse manifestation du 11 novembre 1940, au cours de laquelle des étudiants défièrent l'occupant nazi en commémorant l'armistice, devant le tombeau du soldat inconnu. Dans son beau livre Qui furent les premiers résistants ?, paru initialement en 1985 (sous le titre "1940, la droite était au rendez-vous") et plusieurs fois réédité, Griotteray s'attaque au mythe de la "gauche résistante" et de la "droite collaboratrice", qui obscurcit trop souvent la vision de cette époque charnière de l'histoire française contemporaine. Dans son avant-propos, l'auteur rappelle ainsi les négociations secrètes entre le parti communiste et l'occupant nazi, en juin 1940, pour obtenir la réapparition de L'Humanité. Il ne s'agit pourtant pas d'un essai, ni même d'un récit historique à proprement parler, mais de l'évocation de vingt-trois héros de la Résistance, hommes et femmes, civils et militaires, dont le point commun est d'être tous issus de la droite, à travers ses différentes familles : catholique, maurrassienne, royaliste ou républicaine. Les portaits de ces résistants souvent oubliés des livres d'histoire sont d'autant plus parlants que l'auteur les a personnellement connus, et qu'il décrit – derrière les héros risquant leur vie et leur liberté – les hommes et femmes ordinaires.

 

Ce livre qui se lit comme un véritable roman remet en cause bien des a priori et des idées reçues, y compris pour le lecteur juif. Ainsi, on s'aperçoit que beaucoup de résistants étaient d'anciens cagoulards ou militants de l'Action française. Le clivage véritable, à cette époque comme aujourd'hui, n'était pas entre la droite et la gauche, mais entre les hommes de courage et les lâches. Outre son intérêt historique, le livre d'Alain Griotteray a également une portée très actuelle. Ainsi, lorsqu'un officier français vient avertir un membre du cabinet Daladier de l'insuffisance de la ligne Maginot pour faire face à une attaque allemande, il est éconduit par le politicien, qui lui déclare "nous n'y pouvons rien".  "Ils n'y pouvaient rien, parce que les majorités parlementaires avaient l'œil sur les congrès de partis, pas sur les frontières", commente l'auteur, et sa réflexion pourrait tout autant s'appliquer à beaucoup des parlementaires et dirigeants israéliens aujourd'hui.

 

Qui furent les premiers résistants, nouvelle édition, Alphée 2008, 258 p. 21,90 euros.

 

La Judéophobie des Modernes, Des Lumières au Jihad mondial de Pierre-André Taguieff

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Historien des idées, philosophe et politologue, Pierre-André Taguieff est l'auteur de nombreux ouvrages portant sur des sujets tels que le racisme, le populisme ou la théorie du complot. Dans un ouvrage pionnier, paru en pleine "Intifada des banlieues", La nouvelle Judéophobie, Taguieff avait analysé la nouvelle vague d'antisémitisme planétaire apparue à l'automne 2000 (et qui se poursuit jusqu'à nos jours), en montrant comment cette nouvelle haine des Juifs n'était plus un racisme antijuif, mais consistait à retourner contre les Juifs l'accusation de racisme. Son dernier livre, La Judéophobie des Modernes, sous-titré "Des Lumières au Jihad mondial", poursuit, développe et approfondit cette analyse.

 

Quoi de commun entre l'antisémitisme d'un Voltaire et celui d'un Ben Laden ? Entre le discours antijuif des Lumières et celui de l'islamisme radical ? Le livre montre comment les mêmes thèmes d'accusation contre les Juifs réapparaissent régulièrement, sous des formes et dans des contextes différents. L'auteur les dénombre et les regroupe en six mythes antijuifs principaux : la "haine du genre humain" ; le déicide ; le meurtre et le cannibalisme rituels ; l'usure et la domination financière ; le complot mondial et le racisme. Cette perspective originale permet à l'auteur de saisir le phénomène judéophobe dans sa globalité et de comprendre, notamment, la situation actuelle de l'Europe, face à la vague antijuive nourrie par la propagande islamiste. Fondé sur des années de réflexion et de recherches sur le sujet, l'ouvrage de Taguieff constitue une véritable somme et sans doute un jalon dans l'historiographie de l'antisémitisme. Erudit sans être pédant, Taguieff montre une fois de plus le visage d'un intellectuel engagé, digne héritier de Léon Poliakov, qui ne craint pas d'aborder l'actualité la plus controversée, comme par exemple l'affaire Al-Dura dont il fait une analyse magistrale, en la rattachant au mythe du Juif tueur d'enfant, que l'on trouve tant chez Drumont que chez les nazis, les islamistes, et jusqu'au fameux reportage de France 2 et Enderlin.

 

Editions Odile Jacob, 2008, 683 pages, 35 euros.

Article paru dans VISION D'ISRAEL, premier magazine culturel francophone israelien.

 

 

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Commentaires

A propos du livre de Taguieff, un seul reproche: son titre dont la terminologie, pathologise la haine et les préjugés, dans une conception plus médico-psychologique que politique, historique et sociale !

C'est très regrettable.


Au début du XXIe siècle, c’est un fait que la vieille et triste histoire de la légende du « crime rituel juif » n’est pas terminée. On connaît le principal motif de l’accusation de « crime rituel », forgée par l’antijudaïsme chrétien médiéval : l’affirmation qu’existe une coutume juive consistant à sacrifier chaque année un chrétien, un enfant de préférence, pour en recueillir le sang, qui doit servir à fabriquer la matza, le pain azyme consommé pendant la fête de Pâques . Le « crime rituel » par excellence, c’est l’infanticide rituel.

L’abbé Henri Desportes, en 1889, dans son livre intitulé Le Mystère du Sang chez les Juifs de tous les temps, décrit ainsi un meurtre rituel ordinaire, illustration par excellence des « turpitudes talmudiques » : « Un pauvre petit enfant chrétien se débat dans les affres d’une mort horrible, entouré des instruments de la passion, au milieu du ricanement des bourreaux ! » Et de s’indigner devant « cet immense rouleau d’horreurs, engendrées par la haine judaïque » . Plus tard, en 1914, Édouard Drumont avancera une explication racialiste de cette forme spécifique de criminalité : « L’existence du peuple d’Israël n’est qu’une lutte constante contre l’instinct de la race, l’instinct sémitique qui attire les Hébreux vers Moloch, le dieu mangeur d’enfants, vers les monstrueuses idoles phéniciennes. » La question est ainsi réglée : chez les Juifs, le crime rituel est dans la race – dans le « sang de la race ».

L’infanticide rituel, chez les Juifs, n’est pour Drumont que la manifestation périodique d’un instinct racial irrépressible.
Cette accusation antijuive, d’origine européenne et chrétienne, a largement été acclimatée au XIXe siècle au Moyen-Orient. Dans ce nouveau contexte culturel, les enfants chrétiens ont été concurrencés puis remplacés par les enfants musulmans. On trouvait une récente mise en scène du stéréotype du Juif cruel et sanguinaire, criminel rituel, dans les caricatures, courantes dans les pays arabes jusqu’aux derniers mois de 2004, qui représentaient Ariel Sharon en vampire, les yeux injectés de sang, buvant du sang arabe, ou en ogre dévorant un ou plusieurs enfant(s) Palestinien(s) .

La représentation répulsive du « sioniste » en tant que criminel-né a été recyclée par le discours de propagande « antisioniste » présentant l’armée israélienne comme une bande de tueurs assoiffés de « sang palestinien », et plus particulièrement de tueurs d’enfants palestiniens, prenant plaisir à les tirer « comme des lapins ».

De l’amalgame polémique « sionisme = racisme », on est passé au stade suprême de la propagande antijuive, fondé sur l’équation « sionisme = palestinocide », le « palestinocide » étant présenté de préférence comme un infanticide.

Dans la construction du « sionisme » comme une entreprise génocidaire, les propagandistes font feu de tout bois : après avoir transformé les Palestiniens en symboles des pauvres, des humiliés et des offensés, puis en victimes de « l’impérialisme d’Israël » ou plus largement d’un « complot américano-sioniste » mondial, ils les transforment en enfants « martyrs ». Car c’est également par assimilation avec la légende du « crime rituel juif » que s’est opérée l’exploitation internationale, par toutes les propagandes « antisionistes », du prétendu assassinat par l’armée israélienne au cours d’une fusillade au carrefour de Netzarim (bande de Gaza), le 30 septembre 2000 (alors que commençait la deuxième Intifada), du jeune Palestinien Mohammed al-Dura .

L'accusation de meurtre rituel, ce calomnieux mensonge propagé par l'Europe chrétienne, a aussitôt pris une place prépondérante dans la pensée et la pratique de l'antisémitisme islamique. L'affaire de Damas constitue le premier cas jugé par un régime islamique des temps modernes. En 1840, les Juifs de Damas sont accusés du meurtre rituel d'un moine capucin. Loin de se récrier devant cette fausse accusation, le consul de France à Damas, Ratti Menton, cautionne l'action juridique entamée. Soutenu par le gouvernement français, il se charge personnellement de diriger «l'enquête» avec le gouverneur musulman. Toute la communauté juive est retenue otage, ses dirigeants sont arrêtés et certains même torturés à mort, avant qu'un tollé général dans le monde mette un point final à l'affaire. Cependant, Ratti Menton n'a jamais été convaincu de l'innocence des Juifs. Accuser les Juifs de meurtre rituel devient un sujet populaire parmi les intellectuels musulmans et le thème principal de la propagande antisémite musulmane. En fait, l'affaire de Damas n'a pas cessé de faire des remous. Jusqu'à ce jour, elle est invoquée comme preuve de la pratique du meurtre rituel dans la religion juive. Le ministre syrien de la Guerre, Moustapha Tlas, a écrit une thèse de doctorat sur le sujet et l'a publiée sous le titre Le Pain azyme de Sion. Dans cet ouvrage populaire, qui en était à son huitième tirage en 2002, il présente l'affaire de Damas avec force détails et s'en sert pour prouver l'existence de cette pratique au sein du judaïsme, recourant également au témoignage de Ratti Menton.

Le lectorat arabe se montre aujourd'hui grand amateur de littérature antisémite rédigée en arabe ou traduite d'autres langues. Parmi les traductions, Le Protocole des sages de Sion, une grossière et primitive contrefaçon antisémite russe, et Mein Kampf de Hitler sont des best-sellers; ces deux ouvrages figurent par ailleurs au curriculum des écoles militaires. L'infâme ouvrage du chanoine August Rohling, Der Talmudjude, représente la bible de l'historien musulman moderne. Dénoncé comme menteur et ignare par des savants européens en 1885, Rohling a été contraint de renoncer à son poste universitaire. Mais les écrivains musulmans ne se laissent pas démonter par des détails triviaux de ce genre. Pour eux, Rohling, Le Protocole, Hitler, Tlas, Abou Mazen et leurs semblables forment une authentique bibliothèque et servent de référence pour toute étude sur les Juifs et le judaïsme. Les autres sources relèvent de la catégorie «conspiration juive (ou sioniste)». Après avoir adopté comme vérité absolue la thèse du meurtre rituel juif, les écrivains musulmans ont donné libre cours à leur imagination. Si le cercle des victimes était limité aux chrétiens, ils l'élargissent désormais, incluant des enfants palestiniens et autres; par ailleurs, le meurtre rituel est requis non seulement pour le pain azyme de la Pâque mais également pour les gâteaux de Pourim.

A LIRE : "La haine du judaïsme et des Juifs est une création intellectuelle". du Moshé Sharon, autorité mondiale de la langue et de la civilisation arabes et professeur d'Histoire islamique à l'Université hébraïque de Jérusalem.

QUI FURENT LES PREMIERS RESISTANTS ?

A LIRE: Un paradoxe français, "antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance"
de Simon Epstein, Albin Michel, Avril 2008.

Avec comme principale source la presse antiraciste, cette étude porte sur l'histoire de deux catégories de Français : ceux qui protestèrent contre le racisme et l'antisémitisme dans les années 1920-1930 puis s'engagèrent dans la Collaboration et ceux qui ont manifesté une hostilité envers les Juifs et se sont retrouvés dans la Résistance. Divers types de parcours sont ainsi mis en évidence.

Spécialiste de l'antisémitisme, Simon Epstein a constitué au fil des ans un socle informatif considérable sur les itinéraires contrastés de deux catégories de Français : ceux qui protestèrent contre le racisme et l'antisémitisme dans les années 1920 et 1930, avant de s'engager dans la Collaboration ; et ceux qui exprimèrent une hostilité ou un préjugé à l'égard des Juifs, puis qui se retrouvèrent, l'heure venue, dans la Résistance. Ce livre ne retrace ni l'histoire de l'antiracisme ni celle de l'antisémitisme ; il est l'histoire du passage de l'un à l'autre.

Les principaux chefs de la Collaboration ont traversé, chacun à sa manière, une phase de dénonciation de la haine antijuive ; beaucoup furent même militants de la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA). Réciproquement, de nombreux résistants, et non des moindres, sont originaires d'une extrême droite nationaliste qui, dans les années 1930, fut fertile en prises de positions hostiles aux Juifs. C'est ce phénomène paradoxal que Simon Epstein décrit puis analyse, en s'appliquant aussi à démonter l'occultation dont ces chassés-croisés, déroutants certes mais significatifs, ont fait l'objet dans les mémoires françaises.

Il est impérativement conseillé de lire les 26 premières pages qui constituent l'avant-propos, celles-ci délimitant le cadre que s'est fixé S. Epstein, et qui d'emblée, à elles seules ont une évocation narrative et historique.

Désolé, Pierre, mais je n'ai pas lu AZF.

Écrit par : Gilles-Michel DEHARBE | 24/12/2008

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