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31/08/2008

Noa Yaron-Dayan, des sunlights à la Torah

Bon article du Monde, une fois n'est pas coutume, sur la société israélienne. A noter : le journaliste Marius Schattner évoqué a la fin de l'article, dont la fille a fait "techouva" et qui s'en plaint avec acrimonie, n'est autre que le directeur du bureau de l'AFP (Agence France Presse, ou France Palestine..) a Jerusalem! On comprend son refus obstiné de coiffer la kippa, lui qui porte le keffieh avec un tel naturel...

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Schattner

lle avait le sourire le plus ravageur de la télévision israélienne. Son émission sur la chaîne 2 l'avait propulsée au rang d'emblème de la jeunesse hédoniste de Tel-Aviv. Croqueuse d'hommes, fashion victim, pilier de bars et des boîtes de la rue Allenby, Noa Yaron-Dayan s'était fixé pour devise de vivre vite et fort. Douze ans plus tard, la reine des nuits de Tel-Aviv s'est muée en une respectable mère de six enfants. Le sourire est toujours aussi joli, mais beaucoup plus sage.

 Noa Yaron-Dayan est devenue une "b'aalei-tshuva", le surnom donné en hébreu aux nouveaux convertis, ceux qui reviennent à la foi. Aujourd'hui âgée de 36 ans, elle vit selon les préceptes de la communauté breslav, une frange du monde ultraorthodoxe juif, fondée au XVIIIe siècle par le rabbin Nahman de Breslav, en Ukraine. Un courant en plein essor, emprunt d'ésotérisme new age et d'allégresse hippie, dont les adeptes se plaisent à danser et chanter, guitare à la main, sur le trottoir des centres-villes.

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 "Si on m'avait dit sur un plateau de télé : "Dans dix ans, tu auras six gamins et les cheveux couverts", j'aurais éclaté de rire", confesse Noa, vêtue d'une longue tunique noire et d'un chemisier bleu ciel, dans un café de Bet Shemesh, une ville de la banlieue de Jérusalem où elle réside désormais. "Mais c'était mon destin, mon gros lot. Pas moyen de l'éviter."

Ce parcours spectaculaire, Noa l'a raconté dans Mekimi (éd. Am Oved, 2007), l'un des best-sellers de l'année en Israël. Les noms sont changés, les anecdotes ne sont pas toutes véridiques, mais la trame est nourrie directement par sa propre trajectoire spirituelle. Forcément édifiant et parfois prosélyte, le récit a séduit un large public, du fait de l'humour, de l'extrême sincérité de son auteur et de la force de vie qui s'en dégage.

Tout a commencé par un défi de potache. Agacé que l'un de ses amis l'assomme en permanence de citations du rabbin Nahman, Yuval, partenaire de l'époque de Noa (et son actuel mari), accepte d'assister à un cours de Torah à la mode breslav, à la condition que ledit ami cesse son manège aussitôt après. Il est censé rester une heure sur les bancs de la classe. Il réapparaît six heures plus tard et, bouleversé, persuade Noa de l'accompagner au cours suivant.

Débute alors une période de troubles intenses. La jeune animatrice est torturée entre son coup de foudre pour la philosophie breslav et sa peur panique de rompre avec un milieu qui l'a couronnée. Dans le livre, Alma, l'héroïne, persuade son ami de fuir en Hollande, dans un village reculé, où, signe du destin, la seule chambre d'hôte s'avère tenue par un dénommé Jacob, juif religieux et grand lecteur du Livre des Psaumes.

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Très vite, la décision s'impose. "J'étais affamée, dit Noa. En moi, il y avait un manque énorme. Pour me sentir vivante, je me suis mise à flirter avec la mort. Boire, fumer, coucher... Mais quand j'ai rencontré le monde des breslav, j'ai finalement ouvert les yeux." En quelques semaines, elle rompt avec tout ce qu'a été sa vie jusque-là. Elle change de livres, d'amis, de vêtements, de nourriture et d'appartement. Elle démissionne de la télévision, de la radio de l'armée dont elle était l'une des présentatrices vedette, et disparaît d'un coup de la scène médiatique.

Un choc pour ses parents, des bourgeois bon teint de Tel-Aviv. "Mon père m'a dit : "Va en Inde, deviens lesbienne, mais épargne nous ça." A chacun de mes accouchements, ma mère est venue me voir à la maternité pour me dire : "C'est bon maintenant, tu peux t'arrêter." Malheureusement pour eux, j'ai dû désobéir."

Douze ans après sa conversion, Noa se sent suffisamment forte pour affronter le regard des autres. Pour la promotion de son livre, elle s'est même rendue dans l'émission de Yaïr Lapid, l'un des symboles du "bel Israël" ashkénaze et laïque, dont le défunt père, Tommy, dirigea l'éphémère parti Shinuï qui avait fait de la haine des rabbins sa marque de fabrique. "Ça ne te manque pas cette ambiance ?", lui a lancé Yaïr Lapid en désignant le public dans les gradins du studio. "Non, pas du tout, si tu cherches un remplaçant, ne compte pas sur moi", lui a répondu Noa, après avoir poliment refusé de serrer la main qu'il lui tendait.

"On s'est envoyé des piques, mais c'était fait avec beaucoup de respect", se souvient Noa. Elle trouve que le monde des médias a changé en Israël et se souvient que lorsqu'elle est partie, les journalistes l'ont harcelée. "Aujourd'hui, il est beaucoup plus facile de parler de judaïsme à la télévision. C'est même devenu branché. Mon mari donne un cours de Torah qui attire de nombreuses stars du show-biz."

Ce travail de réconciliation entre deux mondes qui s'ignorent est selon Noa l'un des devoirs du b'aalei-tshuva. Elevé dans un environnement laïque, engagé dans la sphère orthodoxe, le nouveau converti doit être un passeur, assure-t-elle. "Les politiciens de tous bords se plaisent à entretenir l'idée d'un schisme entre religieux et non-religieux. Mais chez l'homme de la rue, il y a une véritable soif de dialogue." L'enseignement du rabbin Nahman qui s'apparente à un mysticisme existentiel, parle d'ailleurs facilement aux laissés-pour-compte de la crise des idéologies. "Il véhicule une idée de rédemption individuelle, explique le rabbin Daniel Epstein. Il redonne une joie, une dignité. C'est ce qui est arrivé avec Noa Yaron-Dayan. Elle avait Israël dans le sang et puis peu à peu, elle a découvert l'aspect factice de la société contemporaine. Breslav l'a fait renaître."

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Le rabbin Nahman serait-il le nouveau gourou d'une société en mal de repères ? Le journaliste Marius Shattner, auteur d'un livre sur la discorde religieux-non religieux (L'Autre Conflit, en librairie en octobre) et père lui-même d'une b'aalei-tshuva passée chez les breslav, tempère le messianisme de Noa Yaron-Dayan. "Ils parlent aux déboussolés, ils prospèrent sur le désarroi contemporain. Mais fondamentalement, ils n'acceptent pas l'autre. Dans leur esprit, le non-religieux est soit un ignorant, soit un mécréant."

La relation de Noa avec sa famille en dit long sur ce dialogue inégal. Alors qu'elle refuse de venir passer le shabbat chez ses parents, ceux-ci acceptent de faire le trajet inverse. Mais avant de rentrer chez sa fille, le père doit coiffer une kippa, condition sine qua non de sa venue. "Je veux qu'il soit un grand-père aimé, dit Noa avant d'ajouter, candide : Je ne veux pas que mes enfants le voient comme un laïc."

 Benjamin Barthe

NB les photos de Hassidim de Bretslav sont tirees du blog Dumneazu.

15:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : israel, societe, torah, medias

15/08/2008

Le fils d’un dirigeant du Hamas, converti au christianisme, interviewé dans Haaretz et sur Fox News

C’est le journal Haaretz qui avait le premier publié l’information : le fils d’un important dirigeant du Hamas en Judée Samarie, Massab Yousef, s’est converti au christianisme et vit désormais aux Etats-Unis. Dans une longue interview au journaliste Avi Issaharof, Yousef parle de sa famille, de son enfance, de son séjour en prison, de la cruauté des membres du Hamas et de la corruption de ses dirigeants, et de sa conversion. Quinze jours plus tard, Massab Yousef donne une interview à la télévision américaine Fox News, où il parle à visage découvert.

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Les médias francophones n’ont pratiquement pas parlé de cette conversion spectaculaire, à l’exception d’un court article sur Aroutz 7. C’est pourquoi nous donnons ci-dessous des extraits plus conséquents de la longue interview au supplément d’Haaretz.


Massab Yousef, aujourd’hui âgé de 30 ans, a grandi dans une famille très pratiquante. Son père, le sheikh Hassan Yousef, est un des principaux dirigeants du mouvement islamiste palestinien, le Hamas, en Judée Samarie (Cisjordanie).

La corruption du Hamas

« En 1996, alors que j’étais âgé de 18 ans, j’ai été arrêté par Tsahal, car j’étais à la tête de l’association islamique de mon lycée, qui était liée au Hamas. Au cours de 16 mois de détention en prison, j’ai découvert le visage véritable du Hamas. C’est une organisation fondamentalement mauvaise. C’est à la prison de Megiddo que j’ai découvert la vérité sur le Hamas. Ses dirigeants bénéficiaient d’un traitement de faveur, plus de nourriture et de visites. Ces gens n’ont pas de morale, mais ils ne sont pas idiots comme ceux du Fatah, qui volent ouvertement et dont la corruption est visible au grand jour… Les dirigeants du Hamas reçoivent de l’argent par des voies détournées, le placent dans des lieux secrets et mènent aux yeux de tous une vie modeste… »

Les tortures
« Il suffit qu’ils soupçonnent quelqu’un de donner des informations au Shin Beth [les services de sécurité israéliens] pour qu’ils lui fassent subir des tortures cruelles : ils lui brûlent du plastique sur le corps, lui mettent des allumettes enflammées entre les orteils, lui rasent la tête pour l’humilier… »

Massab et Israël
Massab Yousef raconte au journaliste de Haaretz qu’il aime écouter la musique israélienne, surtout Eyal Golan. Mais son chanteur préféré est… Leonard Cohen ! De son exil californien, Massab a la nostalgie de sa famille, de ses frères et soeurs, et de sa ville palestinienne, mais aussi d’Israël, dont il a appris à apprécier la culture et la liberté : « donne le bonjour à Israël, qui me manque », lance-t-il au journaliste de Haaretz.

Le Hamas, l’islam et la paix
« Vous autres, les Juifs, devez savoir que jamais, au grand jamais, vous ne ferez la paix avec le Hamas. L’islam, en tant qu’idéologie qui lui sert de guide, ne leur permet pas de conclure un accord de paix avec les Juifs. La tradition [musulmane] enseigne que le prophète Mahomet a combattu les Juifs, aussi ils doivent poursuivre le combat jusqu’à la mort… Du point de vue du Hamas, la paix avec Israël est contraire à la sharia et au Coran, car les Juifs n’ont pas le droit de rester en Palestine ».

Le retrait israélien de Gaza
Pour Massab Yousef, tout signe israélien de faiblesse encourage le Hamas et les Palestiniens à poursuivre leur combat et notamment les attentats-suicides. « Les failles dans votre capacité de résistance nous ont encouragé et ont prouvé que les attentats-suicides étaient une arme efficace. Le plan de retrait d’Ariel Sharon [de Gaza] était une grande victoire, découlant de nos opérations. Une des meilleures preuves à nos yeux de la crise de la société israélienne découlant des attentats suicides était le phénomène de l’insoumission dans Tsahal… C’est pourquoi nous avons poursuivi les attentats… la seule chose qui a mis fin [provisoirement] aux attentats était la riposte de Tsahal contre les chefs du Hamas.

Traduction de l’hébreu et intertitres, Pierre I. Lurçat

16:16 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : hamas, converti, islam

10/08/2008

Jerusalem, entre Tisha Be'av et Yom Yeroushalayim

Tisha Be'av, jour le plus triste du calendrier juif, commémore la destruction du Temple de Jérusalem. Ce jour-là, tous les Juifs du monde sont plongés dans le deuil et l'affliction, dans le jeûne et la prière. Or, à Jérusalem même, devant le Mur occidental du Temple, vestige de sa splendeur passée, le deuil qui devrait être plus tangible que partout ailleurs, n'est pas entier ! Comme si, à l'affliction et à la tristesse de voir que le Temple n'est toujours pas reconstruit et que le Har ha-Bayit est toujours occupé par une mosquée et foulé par nos ennemis, se mêlait un sentiment différent...

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Le Har Habayit occupe par une mosquee...

Beaucoup d'Israéliens ont une image négative de Jérusalem, et très nombreux sont ceux qui ne s'y rendent presque jamais, comme s'ils la craignaient... Aux yeux d'un grand nombre de Juifs, en Israël et ailleurs dans le monde, Jérusalem est synonyme de « religion » et de religieux ultra orthodoxes, en caftan noir, qui jettent des pierres sur les voitures en criant « Shabbes ! »

 Ceux qui ont la chance de vivre dans la capitale du peuple Juif savent pourtant qu'elle est très différente de cette image caricaturale, trop souvent véhiculée par les médias et par la littérature israélienne. A certains égards, Jérusalem a conservé dans de larges secteurs de la vie culturelle et politique israélienne l'image qu'elle avait au XIX  e siècle : celle de la capitale du « vieux Yishouv » - ville misérable où habitaient principalement des Juifs vivant de la « halouka » (l'aumône communautaire) et où les Juifs de diaspora venaient surtout pour être enterrés sur le Mont des Oliviers - et l'opposition entre Tel-Aviv, ville nouvelle du sionisme laïc et Jérusalem s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Mais Jérusalem est en réalité une ville où l'on vit, où l'on peut rire, danser, être joyeux !

 Mon grand-père Joseph z.l., haloutz venu de Pologne après la Première Guerre mondiale, s'était installé à Jérusalem dans les années 1920, après avoir passé plusieurs années à défricher les marécages et à construire des routes - dans le Gdoud ha-Avoda, le « bataillon du travail » - et il habitait dans le quartier de Mahané Yéhouda. Ma mère, qui y est née en 1928, m'a souvent raconté ses bribes de souvenirs de Jérusalem datant de sa prime enfance : une ville où les rues étaient en terre battue et où l'on voyait passer des chameaux. Cette Jérusalem, très différente de celle d'aujourd'hui, ressemble à la ville décrite par David Shahar dans son immense fresque, Le Palais des Vases brisés 1.

Entre Yom Yeroushalayim et Tisha Be’Av

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YOM YEROUSHALAYIM

Il y a une joie particulière aux habitants de Jérusalem, joie de ceux qui aiment cette ville et ont le privilège d'y vivre. « Réjouissez-vous avec Jérusalem », dit le prophète Isaïe. Cette joie, on la ressent évidemment les jours de fête et de liesse populaire, comme le Yom Yeroushalayim. Mais on la ressent aussi les jours de semaine, dans la vie quotidienne des habitants de la ville sainte, car sa sainteté confère à ceux qui y vivent une qualité spirituelle particulière, comme ce « supplément d'âme » qui descend sur chaque Juif, le shabbat, et que l'on ressent à Jérusalem chaque jour. Ne dit-on pas que « L'air de Jérusalem rend plus sage ? »

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Soukkot au Kottel

Et même les jours de deuil et de malheur - comme lorsque nos ennemis tuent des Juifs dans les autobus et dans les rues, avec des bombes et des bulldozers - ils ne parviennent pas à effacer totalement cette joie particulière à Jérusalem. De même que nous cassons un verre pendant la cérémonie du mariage, pour signifier que la joie des époux n'est pas complète, en raison de la destruction du Temple, le deuil de Tisha Be'av n'est plus total aujourd'hui. Lorsque nous vivons cette journée à Jérusalem, au milieu de centaines de Juifs, venus des quatre coins du monde et accomplissant la promesse du Retour, nous sentons confusément que le Temple est en voie de reconstruction et que, même si nous ne sommes pas encore véritablement sortis de l'exil, nous sommes déjà dans une autre ère. A Jérusalem, mieux qu’en tout autre lieu, nous pouvons ressentir aujourd’hui – en prêtant bien l’oreille - au milieu du deuil, de la confusion et du chaos qui nous entourent, le son lointain, secret et encore imperceptible des pas du Messie.

 Texte et photos : Itshak Lurçat

(Article paru dans VISION D'ISRAEL, le premier magazine culturel francophone israelien)

 
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