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31.08.2008

Noa Yaron-Dayan, des sunlights à la Torah

Bon article du Monde, une fois n'est pas coutume, sur la société israélienne. A noter : le journaliste Marius Schattner évoqué a la fin de l'article, dont la fille a fait "techouva" et qui s'en plaint avec acrimonie, n'est autre que le directeur du bureau de l'AFP (Agence France Presse, ou France Palestine..) a Jerusalem! On comprend son refus obstiné de coiffer la kippa, lui qui porte le keffieh avec un tel naturel...

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Schattner

lle avait le sourire le plus ravageur de la télévision israélienne. Son émission sur la chaîne 2 l'avait propulsée au rang d'emblème de la jeunesse hédoniste de Tel-Aviv. Croqueuse d'hommes, fashion victim, pilier de bars et des boîtes de la rue Allenby, Noa Yaron-Dayan s'était fixé pour devise de vivre vite et fort. Douze ans plus tard, la reine des nuits de Tel-Aviv s'est muée en une respectable mère de six enfants. Le sourire est toujours aussi joli, mais beaucoup plus sage.

 Noa Yaron-Dayan est devenue une "b'aalei-tshuva", le surnom donné en hébreu aux nouveaux convertis, ceux qui reviennent à la foi. Aujourd'hui âgée de 36 ans, elle vit selon les préceptes de la communauté breslav, une frange du monde ultraorthodoxe juif, fondée au XVIIIe siècle par le rabbin Nahman de Breslav, en Ukraine. Un courant en plein essor, emprunt d'ésotérisme new age et d'allégresse hippie, dont les adeptes se plaisent à danser et chanter, guitare à la main, sur le trottoir des centres-villes.

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 "Si on m'avait dit sur un plateau de télé : "Dans dix ans, tu auras six gamins et les cheveux couverts", j'aurais éclaté de rire", confesse Noa, vêtue d'une longue tunique noire et d'un chemisier bleu ciel, dans un café de Bet Shemesh, une ville de la banlieue de Jérusalem où elle réside désormais. "Mais c'était mon destin, mon gros lot. Pas moyen de l'éviter."

Ce parcours spectaculaire, Noa l'a raconté dans Mekimi (éd. Am Oved, 2007), l'un des best-sellers de l'année en Israël. Les noms sont changés, les anecdotes ne sont pas toutes véridiques, mais la trame est nourrie directement par sa propre trajectoire spirituelle. Forcément édifiant et parfois prosélyte, le récit a séduit un large public, du fait de l'humour, de l'extrême sincérité de son auteur et de la force de vie qui s'en dégage.

Tout a commencé par un défi de potache. Agacé que l'un de ses amis l'assomme en permanence de citations du rabbin Nahman, Yuval, partenaire de l'époque de Noa (et son actuel mari), accepte d'assister à un cours de Torah à la mode breslav, à la condition que ledit ami cesse son manège aussitôt après. Il est censé rester une heure sur les bancs de la classe. Il réapparaît six heures plus tard et, bouleversé, persuade Noa de l'accompagner au cours suivant.

Débute alors une période de troubles intenses. La jeune animatrice est torturée entre son coup de foudre pour la philosophie breslav et sa peur panique de rompre avec un milieu qui l'a couronnée. Dans le livre, Alma, l'héroïne, persuade son ami de fuir en Hollande, dans un village reculé, où, signe du destin, la seule chambre d'hôte s'avère tenue par un dénommé Jacob, juif religieux et grand lecteur du Livre des Psaumes.

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Très vite, la décision s'impose. "J'étais affamée, dit Noa. En moi, il y avait un manque énorme. Pour me sentir vivante, je me suis mise à flirter avec la mort. Boire, fumer, coucher... Mais quand j'ai rencontré le monde des breslav, j'ai finalement ouvert les yeux." En quelques semaines, elle rompt avec tout ce qu'a été sa vie jusque-là. Elle change de livres, d'amis, de vêtements, de nourriture et d'appartement. Elle démissionne de la télévision, de la radio de l'armée dont elle était l'une des présentatrices vedette, et disparaît d'un coup de la scène médiatique.

Un choc pour ses parents, des bourgeois bon teint de Tel-Aviv. "Mon père m'a dit : "Va en Inde, deviens lesbienne, mais épargne nous ça." A chacun de mes accouchements, ma mère est venue me voir à la maternité pour me dire : "C'est bon maintenant, tu peux t'arrêter." Malheureusement pour eux, j'ai dû désobéir."

Douze ans après sa conversion, Noa se sent suffisamment forte pour affronter le regard des autres. Pour la promotion de son livre, elle s'est même rendue dans l'émission de Yaïr Lapid, l'un des symboles du "bel Israël" ashkénaze et laïque, dont le défunt père, Tommy, dirigea l'éphémère parti Shinuï qui avait fait de la haine des rabbins sa marque de fabrique. "Ça ne te manque pas cette ambiance ?", lui a lancé Yaïr Lapid en désignant le public dans les gradins du studio. "Non, pas du tout, si tu cherches un remplaçant, ne compte pas sur moi", lui a répondu Noa, après avoir poliment refusé de serrer la main qu'il lui tendait.

"On s'est envoyé des piques, mais c'était fait avec beaucoup de respect", se souvient Noa. Elle trouve que le monde des médias a changé en Israël et se souvient que lorsqu'elle est partie, les journalistes l'ont harcelée. "Aujourd'hui, il est beaucoup plus facile de parler de judaïsme à la télévision. C'est même devenu branché. Mon mari donne un cours de Torah qui attire de nombreuses stars du show-biz."

Ce travail de réconciliation entre deux mondes qui s'ignorent est selon Noa l'un des devoirs du b'aalei-tshuva. Elevé dans un environnement laïque, engagé dans la sphère orthodoxe, le nouveau converti doit être un passeur, assure-t-elle. "Les politiciens de tous bords se plaisent à entretenir l'idée d'un schisme entre religieux et non-religieux. Mais chez l'homme de la rue, il y a une véritable soif de dialogue." L'enseignement du rabbin Nahman qui s'apparente à un mysticisme existentiel, parle d'ailleurs facilement aux laissés-pour-compte de la crise des idéologies. "Il véhicule une idée de rédemption individuelle, explique le rabbin Daniel Epstein. Il redonne une joie, une dignité. C'est ce qui est arrivé avec Noa Yaron-Dayan. Elle avait Israël dans le sang et puis peu à peu, elle a découvert l'aspect factice de la société contemporaine. Breslav l'a fait renaître."

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Le rabbin Nahman serait-il le nouveau gourou d'une société en mal de repères ? Le journaliste Marius Shattner, auteur d'un livre sur la discorde religieux-non religieux (L'Autre Conflit, en librairie en octobre) et père lui-même d'une b'aalei-tshuva passée chez les breslav, tempère le messianisme de Noa Yaron-Dayan. "Ils parlent aux déboussolés, ils prospèrent sur le désarroi contemporain. Mais fondamentalement, ils n'acceptent pas l'autre. Dans leur esprit, le non-religieux est soit un ignorant, soit un mécréant."

La relation de Noa avec sa famille en dit long sur ce dialogue inégal. Alors qu'elle refuse de venir passer le shabbat chez ses parents, ceux-ci acceptent de faire le trajet inverse. Mais avant de rentrer chez sa fille, le père doit coiffer une kippa, condition sine qua non de sa venue. "Je veux qu'il soit un grand-père aimé, dit Noa avant d'ajouter, candide : Je ne veux pas que mes enfants le voient comme un laïc."

 Benjamin Barthe

NB les photos de Hassidim de Bretslav sont tirees du blog Dumneazu.

15.08.2008

Le fils d’un dirigeant du Hamas, converti au christianisme, interviewé dans Haaretz et sur Fox News

C’est le journal Haaretz qui avait le premier publié l’information : le fils d’un important dirigeant du Hamas en Judée Samarie, Massab Yousef, s’est converti au christianisme et vit désormais aux Etats-Unis. Dans une longue interview au journaliste Avi Issaharof, Yousef parle de sa famille, de son enfance, de son séjour en prison, de la cruauté des membres du Hamas et de la corruption de ses dirigeants, et de sa conversion. Quinze jours plus tard, Massab Yousef donne une interview à la télévision américaine Fox News, où il parle à visage découvert.

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Les médias francophones n’ont pratiquement pas parlé de cette conversion spectaculaire, à l’exception d’un court article sur Aroutz 7. C’est pourquoi nous donnons ci-dessous des extraits plus conséquents de la longue interview au supplément d’Haaretz.


Massab Yousef, aujourd’hui âgé de 30 ans, a grandi dans une famille très pratiquante. Son père, le sheikh Hassan Yousef, est un des principaux dirigeants du mouvement islamiste palestinien, le Hamas, en Judée Samarie (Cisjordanie).

La corruption du Hamas

« En 1996, alors que j’étais âgé de 18 ans, j’ai été arrêté par Tsahal, car j’étais à la tête de l’association islamique de mon lycée, qui était liée au Hamas. Au cours de 16 mois de détention en prison, j’ai découvert le visage véritable du Hamas. C’est une organisation fondamentalement mauvaise. C’est à la prison de Megiddo que j’ai découvert la vérité sur le Hamas. Ses dirigeants bénéficiaient d’un traitement de faveur, plus de nourriture et de visites. Ces gens n’ont pas de morale, mais ils ne sont pas idiots comme ceux du Fatah, qui volent ouvertement et dont la corruption est visible au grand jour… Les dirigeants du Hamas reçoivent de l’argent par des voies détournées, le placent dans des lieux secrets et mènent aux yeux de tous une vie modeste… »

Les tortures
« Il suffit qu’ils soupçonnent quelqu’un de donner des informations au Shin Beth [les services de sécurité israéliens] pour qu’ils lui fassent subir des tortures cruelles : ils lui brûlent du plastique sur le corps, lui mettent des allumettes enflammées entre les orteils, lui rasent la tête pour l’humilier… »

Massab et Israël
Massab Yousef raconte au journaliste de Haaretz qu’il aime écouter la musique israélienne, surtout Eyal Golan. Mais son chanteur préféré est… Leonard Cohen ! De son exil californien, Massab a la nostalgie de sa famille, de ses frères et soeurs, et de sa ville palestinienne, mais aussi d’Israël, dont il a appris à apprécier la culture et la liberté : « donne le bonjour à Israël, qui me manque », lance-t-il au journaliste de Haaretz.

Le Hamas, l’islam et la paix
« Vous autres, les Juifs, devez savoir que jamais, au grand jamais, vous ne ferez la paix avec le Hamas. L’islam, en tant qu’idéologie qui lui sert de guide, ne leur permet pas de conclure un accord de paix avec les Juifs. La tradition [musulmane] enseigne que le prophète Mahomet a combattu les Juifs, aussi ils doivent poursuivre le combat jusqu’à la mort… Du point de vue du Hamas, la paix avec Israël est contraire à la sharia et au Coran, car les Juifs n’ont pas le droit de rester en Palestine ».

Le retrait israélien de Gaza
Pour Massab Yousef, tout signe israélien de faiblesse encourage le Hamas et les Palestiniens à poursuivre leur combat et notamment les attentats-suicides. « Les failles dans votre capacité de résistance nous ont encouragé et ont prouvé que les attentats-suicides étaient une arme efficace. Le plan de retrait d’Ariel Sharon [de Gaza] était une grande victoire, découlant de nos opérations. Une des meilleures preuves à nos yeux de la crise de la société israélienne découlant des attentats suicides était le phénomène de l’insoumission dans Tsahal… C’est pourquoi nous avons poursuivi les attentats… la seule chose qui a mis fin [provisoirement] aux attentats était la riposte de Tsahal contre les chefs du Hamas.

Traduction de l’hébreu et intertitres, Pierre I. Lurçat

10.08.2008

Jerusalem, entre Tisha Be'av et Yom Yeroushalayim

Tisha Be'av, jour le plus triste du calendrier juif, commémore la destruction du Temple de Jérusalem. Ce jour-là, tous les Juifs du monde sont plongés dans le deuil et l'affliction, dans le jeûne et la prière. Or, à Jérusalem même, devant le Mur occidental du Temple, vestige de sa splendeur passée, le deuil qui devrait être plus tangible que partout ailleurs, n'est pas entier ! Comme si, à l'affliction et à la tristesse de voir que le Temple n'est toujours pas reconstruit et que le Har ha-Bayit est toujours occupé par une mosquée et foulé par nos ennemis, se mêlait un sentiment différent...

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Le Har Habayit occupe par une mosquee...

Beaucoup d'Israéliens ont une image négative de Jérusalem, et très nombreux sont ceux qui ne s'y rendent presque jamais, comme s'ils la craignaient... Aux yeux d'un grand nombre de Juifs, en Israël et ailleurs dans le monde, Jérusalem est synonyme de « religion » et de religieux ultra orthodoxes, en caftan noir, qui jettent des pierres sur les voitures en criant « Shabbes ! »

 Ceux qui ont la chance de vivre dans la capitale du peuple Juif savent pourtant qu'elle est très différente de cette image caricaturale, trop souvent véhiculée par les médias et par la littérature israélienne. A certains égards, Jérusalem a conservé dans de larges secteurs de la vie culturelle et politique israélienne l'image qu'elle avait au XIX  e siècle : celle de la capitale du « vieux Yishouv » - ville misérable où habitaient principalement des Juifs vivant de la « halouka » (l'aumône communautaire) et où les Juifs de diaspora venaient surtout pour être enterrés sur le Mont des Oliviers - et l'opposition entre Tel-Aviv, ville nouvelle du sionisme laïc et Jérusalem s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Mais Jérusalem est en réalité une ville où l'on vit, où l'on peut rire, danser, être joyeux !

 Mon grand-père Joseph z.l., haloutz venu de Pologne après la Première Guerre mondiale, s'était installé à Jérusalem dans les années 1920, après avoir passé plusieurs années à défricher les marécages et à construire des routes - dans le Gdoud ha-Avoda, le « bataillon du travail » - et il habitait dans le quartier de Mahané Yéhouda. Ma mère, qui y est née en 1928, m'a souvent raconté ses bribes de souvenirs de Jérusalem datant de sa prime enfance : une ville où les rues étaient en terre battue et où l'on voyait passer des chameaux. Cette Jérusalem, très différente de celle d'aujourd'hui, ressemble à la ville décrite par David Shahar dans son immense fresque, Le Palais des Vases brisés 1.

Entre Yom Yeroushalayim et Tisha Be’Av

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YOM YEROUSHALAYIM

Il y a une joie particulière aux habitants de Jérusalem, joie de ceux qui aiment cette ville et ont le privilège d'y vivre. « Réjouissez-vous avec Jérusalem », dit le prophète Isaïe. Cette joie, on la ressent évidemment les jours de fête et de liesse populaire, comme le Yom Yeroushalayim. Mais on la ressent aussi les jours de semaine, dans la vie quotidienne des habitants de la ville sainte, car sa sainteté confère à ceux qui y vivent une qualité spirituelle particulière, comme ce « supplément d'âme » qui descend sur chaque Juif, le shabbat, et que l'on ressent à Jérusalem chaque jour. Ne dit-on pas que « L'air de Jérusalem rend plus sage ? »

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Soukkot au Kottel

Et même les jours de deuil et de malheur - comme lorsque nos ennemis tuent des Juifs dans les autobus et dans les rues, avec des bombes et des bulldozers - ils ne parviennent pas à effacer totalement cette joie particulière à Jérusalem. De même que nous cassons un verre pendant la cérémonie du mariage, pour signifier que la joie des époux n'est pas complète, en raison de la destruction du Temple, le deuil de Tisha Be'av n'est plus total aujourd'hui. Lorsque nous vivons cette journée à Jérusalem, au milieu de centaines de Juifs, venus des quatre coins du monde et accomplissant la promesse du Retour, nous sentons confusément que le Temple est en voie de reconstruction et que, même si nous ne sommes pas encore véritablement sortis de l'exil, nous sommes déjà dans une autre ère. A Jérusalem, mieux qu’en tout autre lieu, nous pouvons ressentir aujourd’hui – en prêtant bien l’oreille - au milieu du deuil, de la confusion et du chaos qui nous entourent, le son lointain, secret et encore imperceptible des pas du Messie.

 Texte et photos : Itshak Lurçat

(Article paru dans VISION D'ISRAEL, le premier magazine culturel francophone israelien)

08.08.2008

Haaretz, le journal des élites israéliennes post-sionistes

Pierre Itshak Lurçat

En mars 2008, alors que plusieurs pays arabes appelaient vainement au boycott du Salon du Livre de Paris - dont Israël était l'invité d'honneur - ils reçurent un soutien inattendu : celui du rédacteur en chef du supplément littéraire du quotidien israélien de gauche réputé, Haaretz, qui se vanta publiquement d'avoir été « le premier à lancer la pétition demandant le boycott du Salon du Livre »... Cet appel étonnant en apparence ne surprit pas les lecteurs réguliers du journal israélien. Il avait été précédé, quelques semaines auparavant, d'une déclaration tout aussi polémique, du rédacteur en chef de Haaretz, David Landau, qui avait déclaré à la Secrétaire d'Etat américaine Condoleeza Rice, lors d'un dîner privé en décembre 2007, que l'Etat juif « voulait être violé par les Etats-Unis » - manière élégante de dire qu'il appelait à une intervention plus vigoureuse des Etats-Unis pour contraindre Israël à faire des concessions à ses ennemis arabes…

Ces deux déclarations de responsables du journal Haaretz avaient elles-mêmes été précédées, depuis de nombreuses années, d'articles très virulents condamnant la politique israélienne, et attirant l'attention des lecteurs sur les « souffrances » des Palestiniens - thème devenu la spécialité de deux journalistes de Haaretz en particulier, Gidéon Lévi et Amira Hass, cette dernière résidant à Gaza. En réalité, comme nous le verrons, Haaretz est devenu dans une certaine mesure, depuis le début de la « deuxième Intifada », et sans doute déjà auparavant, un redoutable outil de propagande propalestinienne, dont des articles innombrables sont repris, dès leur parution, sur des sites d'organisations et de groupes politiques propalestiniens, et traduits en anglais, en français, en italien et en d'autres langues, par des traducteurs militants, sur des sites tels que ceux d'Europalestine, France Palestine ou Palestine solidarité...

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Amira Hass, qui porte bien son nom...

 

En quoi cette évolution est-elle significative de celle des élites israéliennes - dont Haaretz est le journal de référence et le « pain quotidien » (au même titre que Le Monde pour les élites françaises) - et de l'état actuel de l'intelligentsia israélienne ? S'agit-il d'une tendance marginale ou minoritaire au sein du journal et des élites d'Israël, ou bien du reflet plus ou moins fidèle d'un état d'esprit généralisé au sein des élites intellectuelles, universitaires et politiques de l'Etat juif, qui vient de célébrer son soixantième anniversaire?

 

I. Haaretz , un journal israélien antérieur à l’Etat : 1919 - 1948

 

Les origines : une feuille d’information de l’armée anglaise

Haaretz a été fondé en 1918, pendant la période du Mandat britannique, ce qui en fait le quotidien le plus ancien d'Israël. A ses origines, il s'agissait d'une feuille d'information hebdomadaire publiée en anglais, en hébreu et en arabe, sous le titre News from the Holy Land. L'édition en hébreu était distribuée aux soldats juifs de l'armée britannique en Palestine mandataire, et aussi au sein de la population du Yishouv à Jérusalem et Jaffa. Par la suite, le mouvement sioniste devint partie prenante du journal, d'abord en le subventionnant, puis en le rachetant à l'armée anglaise. C'est un mécène juif russe, Isaac Leib Godlberg, qui apporta les fonds et devint le nouveau propriétaire du journal, dont le nom fut raccourci de Hadashot Haaretz (Les nouvelles du pays) en Haaretz (Le pays).

 

Un des collaborateurs actifs du journal, qui fut à l'origine de son rachat au bénéfice de la Commission sioniste, n'était autre que le dirigeant sioniste révisionniste Vladimir Jabotinsky, qui participait régulièrement aux éditions hébraïque et anglaise du journal. A cette époque en effet, Haaretz n'avait pas de ligne politique bien définie, et Jabotinsky pouvait y écrire librement sur les sujets qui lui tenaient à coeur 1.

 

Le rachat d’Haaretz par la famille Schocken

 

Le second tournant dans l'histoire du journal fut son rachat en 1937 par la famille Schocken, qui possède le journal jusqu'à aujourd'hui. Salman Schocken, homme d'affaires né en 1877 en Pologne dans une famille modeste, avait fait fortune en créant une chaîne de grands magasins en Allemagne, qui comptait des succursales dans une vingtaine de villes. En 1926, Salman Schocken créa aussi une maison d'édition, Schocken Verlag, qui publia plusieurs auteurs juifs allemands célèbres, comme Martin Buber, Franz Kafka ou Franz Rosenzweig, avant d'être transférée aux Etats-Unis lors de l'arrivée au pouvoir des nazis.

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Salman SCHOCKEN

 

Outre son activité d'homme d'affaires prospère, Salman Schocken était un bibliophile et un mécène avisé. C'est lui qui découvrit le talent littéraire du jeune Samuel Joseph Agnon, alors qu'il séjournait en Palestine, et qui l'encouragea et l'aida financièrement pour lui permettre de consacrer son temps à l'écriture. Dans sa monumentale biographie d'Agnon, Dan Laor qualifie sa rencontre avec Schocken d'événement déterminant dans la vie du jeune écrivain, futur Prix Nobel de littérature 2.

 

Schocken, qui était autodidacte, était également très impliqué dans la vie culturelle juive et sioniste en Allemagne. Au cours de son séjour en Palestine mandataire (1935-1942), il se rapprocha du mouvement pacifiste « Brith Shalom », constitué d'intellectuels juifs allemands, partisans d'un Etat binational et hostiles au sionisme politique. Après le rachat du journal Haaretz, il désigna son fils, Gustav Schocken, à la tête de la rédaction. Gustav Schocken fut l'éditeur et le rédacteur en chef du journal de 1939 jusqu'à son décès, en 1990. C'est lui qui fit de Haaretz un quotidien moderne, abordant tous les aspects de l'actualité et notamment les questions économiques et culturelles, et doté d'une page éditoriale influente.

 

Le journal des élites bourgeoises libérales

 

Au cours des années antérieures à la fondation de l’Etat et jusque dans les années 1960, la presse écrite israélienne était dominée par les journaux appartenant – ou étroitement liés – à des partis politiques. Parmi les plus influents, citons Davar, quotidien publié par la confédération syndicale Histadrout, entre 1925 et 1994 (dont le rédacteur en chef était Berl Katznelson, dirigeant et idéologue du parti travailliste) ; Haboker (sionistes généraux) ; Al-Hamishmar (Mapam, extrême gauche) et les organes des partis religieux : Hatsofé (sioniste religieux) et Hamodia (Agoudat Israël).

 

Dans ce paysage médiatique très idéologique, Haaretz constituait une voix différente, indépendante de tout parti politique et au ton beaucoup plus libre. L’orientation générale du journal, qui est restée sensiblement la même jusqu’à aujourd’hui, était celle d’un quotidien de la bourgeoisie libérale. Alors que les journaux idéologiques liés aux grands partis politiques représentaient les différentes tendances du mouvement sioniste (travailliste, révisionniste, religieux), Haaretz avait pour lectorat le public des classes moyennes de la cinquième alyah, constitué principalement d’universitaires, d’artistes, de médecins et membres des professions libérales, d’origine allemande en majorité, qui s’installèrent dans les villes et notamment à Tel Aviv.

 

Curieusement, malgré les transformations nombreuses de la société israélienne depuis les années 1930, on peut affirmer que c’est toujours ce même groupe qui constitue le coeur du lectorat d’Haaretz : celui que l’on pourrait définir sociologiquement comme les élites urbaines (par opposition aux élites rurales du mouvement kibboutzique). Et, ce qui est encore plus étonnant, c’est que c'est précisément cette population – dont les membres étaient arrivés en Israël non pas par idéal sioniste, à la différence des membres des mouvements haloutziques de la troisième et quatrième alyah, mais fuyant le nazisme, et contre leur gré – qui a le plus contribué à la constitution des élites intellectuelles israéliennes, notamment autour de l’université hébraïque de Jérusalem.

 

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II. De 1948 à nos jours : comment Haaretz s’est détaché du consensus sioniste

 

 

Au cours des vingt premières années de l'Etat d'Israël, Haaretz défendit ainsi tout naturellement des positions opposées à la politique économique des gouvernements, d'orientation sioniste socialiste, et se fit le défenseur de la libéralisation de l'économie. La ligne politique épousée par le journal après la création de l'Etat fut celle d'un quotidien indépendant promouvant une économie libérale. C'est seulement après 1967 qu'Haaretz s'engagea plus activement sur le thème des « territoires » - en soutenant des concessions territoriales en faveur des Etats arabes - et sur la question des rapports entre l'Etat et la religion - en se faisant l'avocat d'une laïcisation de l'Etat et de la société.

 

C'est sans doute dans le domaine économique qu'Haaretz fit preuve de la plus grande constance, depuis les années 1930 et jusqu'à aujourd'hui. En matière de politique par contre, son évolution a été beaucoup plus marquée, d'un sionisme modéré à ses débuts, à l'ethos post-sioniste depuis les années 1990. Un article de 1949, signé de Gershon (Gustav) Schocken, atteste de l'évolution suivie par le journal au cours des 50 dernières années : dans cet éditorial, intitulé « Les Allemands et nous », le rédacteur en chef réclamait la promulgation par la Knesset d'une loi interdisant à tout citoyen israélien de s'installer, ou même de séjourner en Allemagne 3. (Un demi-siècle plus tard, en 2006, un groupe de presse allemand, Dumont-Schauberg, a acquis 25% des parts de Haaretz, qui est devenu le premier journal israélien détenu en partie par un groupe allemand - dont le père de l'actuel dirigeant, qui plus est, était membre du parti nazi...)

 

Haaretz contre le « primitivisme » des Juifs orientaux

 

A cet égard, Haaretz était aligné sur l'ensemble de la presse israélienne à l'époque, le Yediot Aharonot appelant de son côté à « inculquer la haine de l'Allemagne aux enfants d'Israël ». Sur un autre élément du débat social et politique dans les années 1950, celui de la vague d’émigration en provenance des pays arabo-musulmans, on pouvait trouver dans Haaretz des articles au ton tout aussi virulent, comme en témoigne cet extrait d’un article d’Aryeh Gelblum paru le 22 avril 1949 :

 

Il paraît que les Tripolitains et les Tunisiens sont « mieux » que les Marocains et les Algériens, mais ils posent tous le même problème… Le primitivisme de ces gens est insupportable. Ils n’ont pour ainsi dire aucune éducation, et pire encore, ils sont parfaitement incapables de comprendre le moindre raisonnement intellectuel. D’une manière générale, ils ne sont guère plus évolués que les Arabes, les nègres et les berbères de leur pays.

 

Cet extrait en dit long sur l’état d’esprit de certaines élites israéliennes ashkénazes dans les premières années de l’Etat, dont Haaretz était représentatif. Tom Segev, qui cite cet article, observe qu’il était encore mentionné 30 ans après sa parution lors de débats sur les relations intercommunautaires. Bien entendu, la publication d’un tel article serait aujourd’hui impensable dans les colonnes de Haaretz (ce qui n’empêche pas que des articles tout aussi provocateurs soient publiés, prenant pour cible non plus les Juifs orientaux, mais les religieux ou les habitants des « territoires »).

 

Un journal post-sioniste avant l’heure

 

A quel moment Haaretz a-t-il commencé à se détacher du consensus sioniste ? La question est d'autant plus délicate, qu'il n'est pas évident de définir une ligne bien établie au sein de la rédaction du quotidien, qui a toujours - comme la plupart des journaux non affiliés à un parti politique - abrité en son sein plusieurs tendances. Deux journalistes de Haaretz, Amira Hass et Gideon Levi, ont contribué à faire du journal des élites israéliennes un instrument de la propagande propalestinienne en Europe. Le journaliste Tom Segev (lui-même collaborateur de Haaretz) relève une « innovation » due à la plume de son confrère Uri Avneri : l’emploi du terme « sionisme » pour désigner la vaine grandiloquence…

 

Cette innovation significative ne date pas, comme on pourrait le croire, des années 1990, ni même de l’après 1967, mais de 1949 ! Segev cite plusieurs articles de la même période, qui illustrent bien la vision du monde (et du pays) du journal Haaretz, que Segev oppose à celle du quotidien de la Histadrout Davar :

 

Contrairement au quotidien du syndicat Histadrout Davar, qui était imprégné d’une foi naïve, solennelle presque, piégé dans une rhétorique visionnaire, Haaretz affichait un scepticisme morose non dénué d’une mesquinerie et d’une arrogance qui sombraient aisément dans les ornières de la critique sans fondement…4

 

Pour illustrer ce scepticisme et cette arrogance, Segev cite également un article du rédacteur en chef de Haaretz à l’époque, Gershom Schocken, demandant que l’Etat juif nouvellement créé change de symbole et abandonne la menorah – chandelier à sept branches – qu’il jugeait d’une « esthétique abominable incarnant le manque de goût, de culture et de sens esthétique du gouvernement israélien ». Cet extrait est révélateur – et presque prémonitoire – dans la mesure où il concerne un des symboles de l’Etat juif. Quatre décennies plus tard, en effet, le même Haaretz allait réclamer la modification du drapeau et de l’hymne national, coupables à ses yeux cette fois-ci, non plus de manque de goût, mais d’exclure la minorité arabe israélienne…

 

Notes

1. Voir J. Schetchtman, Rebel and Statesman, T. Yoselof 1956, p.308.

2. Dan Laor, Hayyé Agnon, Schocken 1998, p.105.

3. Cité par Tom Segev, Les Premiers Israéliens, Calmann-Lévy 1998, p. 327.

4. Tom Segev, Les Premiers Israéliens, p. 14.

 

Article publié dans France-Israël Information

03.08.2008

Enfin un Universitaire Israélien courageux par Shraga Blum

Pour contre-balancer mon dernier post... Tout n'est pas pourri dans l'Universite en Israel!


Une fois n’est pas coutume, un universitaire israélien s’est distingué par son courage en défendant Jérusalem lors d’une interview accordée à la chaîne… Al Jazeera.

Mordekh’aï Keidar est Professeur au Département des Etudes du Moyen-Orient à l’Université de Bar-Ilan.

A l’occasion de Yom Yeroushalaïm, les responsables de la chaîne du Qatar avaient décidé d’interviewer un spécialiste israélien sur la question de la construction de logements juifs à Jérusalem, “au-delà de la ligne verte”.

Mal leur en a pris, et Jamal Riyan, animateur principal de la chaîne n’oubliera jamais cette soirée.
La première question qu’il posa à l’universitaire israélien fut : “Ne croyez-vous pas que la décision de construire des logements juifs à Jérusalem-Est constitue un clou de plus planté dans le cercueil des négociations israélo-palestiniennes ?” La réponse qu’il obtient alors ne fut pas du tout celle qu’il escomptait d’un universitaire israélien “classique” :
- A vrai dire, je ne comprends pas tout à fait quel est le problème. Cela veut-il dire qu’Israël doive demander l’autorisation au monde entier pour habiter à Jérusalem ??! Jérusalem était déjà notre capitale alors que vos ancêtres buvaient encore du vin, enterraient leurs enfants vivants et adoraient des idoles en Arabie. Alors pourquoi cette question ? Cette ville est à nous pour l’éternité !”
Riyan insistait :
- Excusez-moi, M. Keidar, Si vous voulez parler Histoire, alors parlons du Coran. Vous ne pouvez pas nier la présence de Jérusalem dans le Coran. Je vous demande de ne pas exprimer des propos offensants pour les Arabes et les Musulmans. Restons-en à notre sujet…
- Jérusalem n’est pas citée une seul fois dans le Coran…
A ce moment, l’animateur excédé, cite une sourate qui ferait allusion à Jérusalem..
- Je le répète, insiste Keidar, Jérusalem n’apparaît pas une seule fois dans le Coran.
- Bon, parlons politique, est ce que cette décision du gouvernement israélien ne va pas à l’encontre de la Feuille de Route ?
- La Feuille de Route ne parle pas de Jérusalem. Jérusalem appartient aux Juifs. Point final. Il n’est pas question de parler de Jérusalem. Vous revenez sur cette question sans cesse. Mon ami, allez regarder la Feuille de Route…
- A ce rythme là, Jérusalem englobera bientôt toute la Rive Occidentale !!! s’énerve l’animateur..
- Ecoutez, Israël ne vient pas s’occuper de ce que le Qatar construit ou non chez lui, alors je ne vois pas en quoi cela vous-intéresse-t-il de savoir où nous construisons ! Jérusalem est notre capitale éternelle, et ni Al Jazeera ni personne d’autre n’a son mot à dire concernant cette ville. Elle appartient aux Juifs et à personne d’autre… !
L’interview s’est poursuivi durant encore quelques minutes sur le même ton, avant que Jamal Riyan n’y mette subitement fin sans prévenir, jurant sans doute qu’une prochaine fois, il inviterait plutôt Zeev Sternhell ou Avrom Burg…
Imaginons un instant que nos dirigeants aient le même courage et la même détermination que cet universitaire, lorsqu’ils se trouvent face aux négociateurs palestiniens…

01.08.2008

L'affaire Ben-Ari et la decadence de l'universite israelienne

C'est le journal Makor Rishon qui avait divulgue l'affaire : une etudiante en sociologie a l'Universite de Jerusalem avait rendu un memoire de master, expliquant que les soldats israeliens s'abstenaient de violer les femmes palestiniennes parce qu'ils ne les consideraient pas comme des etres humains... L'absence de viols, contraire aux moeurs militaires observees dans tous les autres pays, etait la preuve du "racisme" des soldats israeliens!

Sept mois plus tard, cette affaire prend un tour nouveau et revelateur : il s'avere qu'un professeur renomme du departement de sociologie de l'Universite hebraique, Eyal Ben-Ari, qui avait dirige a l'epoque ce travail de master, est lui-meme soupconne de viols et de harassements sexuels  a l'encontre de plusieurs etudiantes!

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Ben Ari (a gauche sur la photo) au tribunal

 Toute l'affaire pourrait etre consideree comme un fait divers, si elle ne s'ajoutait pas a plusieurs autres qui ont recemment defraye la chronique, comme la recente arrestation d'etudiants arabes de l'Universite hebraique, soupconnes d'appartenance a une cellule d'Al-Qaida...

Cette affaire en dit long sur l'etat de decadence morale et intellectuelle de l'universite israelienne, bastion de l'extreme-gauche et du "post-sionisme"... On ne s'etonnera pas de constater que l'affaire Ben-Ari survient dans le departement de sociologie, lorsque l'on sait que les "nouveaux sociologues" israeliens - a l'instar des "nouveaux historiens" - sont a l'avant-garde du travail de sape intellectuel des fondements historiques et moraux du sionisme.

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