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13/06/2008

De l'affaire Enderlin a l'affaire Gouguenheim

De l'affaire Enderlin a l'affaire Gouguenheim : dans les 2 cas, des hommes seuls affrontent une corporation entiere agissant au nom de la défense d'intérets corporatistes (les journalistes dans l'une, les historiens dans l'autre) et revendiquant une conception totalitaire et post-moderniste de la vérité (pas de vérité objective, mais une vérité officielle, de l'histoire dans un cas, de l'actualité dans l'autre). Sylvain Gouguenheim comme Philippe Karsenty ont voulu faire éclater la Vérité, alors que leurs adversaires ne croient pas a l'existence de la Vérité, et agissent au nom du politiquement correct et de l'islamiquement correct. Dans les deux cas, Enderlin et les detracteurs de Gouguenheim ont eu recours au procédé stalinien de la petition universitaire, a laquelle les chers collegues ajoutent leur nom sans hésiter, par un réflexe quasi pavlovien, obéissant aux ordres du Parti, de la doxa ou du "parti des médias"...  Dans l'interview ci-dessous, l'historien Gouguenheim explique comment, mis au ban de l'université en France, il a recu le soutien d'historiens polonais qui ont reconnu chez ses detracteurs les methodes soviétiques...

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(Interview publiee dans L'Express)
La polémique éclate au mois d'avril. Le Monde mentionne favorablement le livre de Sylvain Gouguenheim intitulé Aristote au Mont-Saint-Michel (Seuil). L'auteur, professeur d'histoire à l'Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon, y développe l'idée que l'héritage grec a été transmis à l'Europe chrétienne médiévale directement aux xie et xiie siècles, et non par l'intermédiaire des philosophes arabes, notamment Averroès, grand commentateur d'Aristote.

Ce point de vue, à contre-courant de la recherche contemporaine, fait aussitôt scandale. Un collectif international de 56 philosophes et historiens publie dans Libération une pétition qui dénonce une « démarche » qui « n'a rien de scientifique » et « relève d'un projet idéologique aux connotations politiques inacceptables ». Spécialiste reconnu de la philosophie au Moyen Age, Alain de Libera ironise dans Télérama sur une hypothèse qu'il relie à l'« islamophobie ordinaire ». Il est aussi reproché à Gouguenheim d'avoir cité dans ses remerciements un auteur d'extrême droite. A la demande d'enseignants de l'école, un conseil scientifique de l'ENS Lyon est chargé d'évaluer l'ouvrage et d'en discuter avec l'auteur, le 19 juin.

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En attendant, Sylvain Gouguenheim a interrompu son enseignement. Il vient de recevoir l'appui d'historiens polonais de l'université Copernic de Torun, qui font référence à la censure des recherches à l'époque soviétique. « Est-ce que l'historiographie française se dirige vers ces pratiques ? » s'inquiètent-ils.

Vous n'êtes pas un spécialiste d'Aristote, mais des chevaliers Teutoniques. Comment vous est venue l'idée de ce livre ?

Elle m'est venue à l'occasion d'un cours, il y a cinq ou six ans, sur les échanges culturels en Méditerranée aux xie et xiie siècles. J'étais alors totalement convaincu par la thèse que je critique aujourd'hui. J'adhérais à l'idée que le Moyen Age occidental avait redécouvert Aristote et le savoir grec par la traduction des textes arabes en latin grâce à la filière espagnole, notamment à Tolède dans la seconde moitié du xiie siècle. En voulant améliorer ce cours, et en marge de mes recherches, je tombe sur l'article d'un historien italien consacré à Jacques de Venise. Pour moi, c'est une découverte. Il fait état d'une série de traductions directes du grec au latin par Jacques de Venise et d'autres auteurs anonymes, au Mont-Saint-Michel et dans la France du Nord. A ces travaux s'ajoutaient les premiers commentaires de l'oeuvre même d'Aristote, du moins de textes qu'on ne connaissait plus en Occident, la Physique, la Métaphysique ou De l'âme. J'étais surpris de ne pas retrouver ces faits dans la plupart des manuels de base.

Vos détracteurs affirment qu'il n'y a aucune preuve de la présence de Jacques de Venise au Mont-Saint-Michel...

L'historien italien auquel j'ai fait référence n'est pas catégorique. Il y a quand même un indice dans la chronique du Mont-Saint-Michel rédigée par l'abbé du Mont Robert de Thorigny. Vers 1150, il rajoute en marge de son récit une phrase évoquant le travail de traduction d'Aristote par Jacques de Venise vers 1127. Ce n'est pas une preuve absolue de sa présence, d'autant moins qu'on connaît mal sa vie. Mais cette note interdit de dire qu'il n'y a jamais mis les pieds. Indiscutable, en revanche, est la circulation de nombreuses copies de Jacques de Venise parmi les cercles savants au xiie siècle.

Votre démarche vise-t-elle principalement le philosophe arabe Averroès, présenté comme le passeur d'Aristote vers l'Occident ?

Non. Je ne sous-estime pas l'influence d'Averroès, en particulier au xiiie siècle. Je dis simplement qu'il y a un rééquilibrage à opérer. Je me suis appuyé sur les meilleurs spécialistes de l'Islam. Et j'ai eu le sentiment d'une grande différence entre les articles des savants et les manuels scolaires. Ce qu'on diffuse dans le public est tronqué : on parle de l'intermédiaire arabe, pas de la « filière grecque ». J'ai donc conçu le projet d'un gros article. Il y a trois ans, j'en ai discuté avec un éditeur qui m'a encouragé à publier un livre en ce sens. Cela n'a pas eu de suite. Puis, il y a deux ans, j'ai été contacté par une éditrice du Seuil pour un ouvrage sur les croisades. De fil en aiguille, nous en sommes venus à parler de mon projet sur Aristote. Elle l'a lu, et elle m'a dit d'accord.

Votre livre remet en question la figure d'un Averroès qui serait un pont entre l'Islam et l'Occident, au profit d'une version plus conflictuelle de la pensée du philosophe arabe. Est-ce que ce n'est pas cela qui choque ?

Sans doute, bien que je ne sois pas le premier à l'écrire ! Je dis une chose simple : il faut voir les hommes du Moyen Age tels qu'ils étaient vraiment. Averroès est un grand génie du Moyen Age, mais il ne faut pas en faire un homme du xxe siècle. Je pense la même chose de saint Thomas ou de Maimonide. Ne les transformons pas en « agnostiques » ou en « tolérants », notions anachroniques. Je ne suis pas pour autant un partisan de Samuel Huntington et de sa théorie du « Choc des civilisations ». On m'a reproché de prendre l'hellénisation comme un critère de supériorité. Ce n'est pas le cas. J'adore le Japon ou la Chine, qui n'ont rien de grec ! L'hellénisation est un critère de distinction. Je ne suis pas contre les ponts entre les civilisations. Mais on ne les construira pas en s'appuyant sur un Moyen Age de fiction. A cette époque, l'idée de dialogue des civilisations n'existait pas.

N'accréditez-vous pas l'opposition d'un bon usage occidental des Grecs et d'une absence d'usage des mêmes en Islam ?

L'Europe et l'Islam du Moyen Age ont filtré, choisi ce qu'ils voulaient reprendre des Grecs. Il est nécessaire, en outre, de distinguer l'islam comme religion ou comme civilisation. L'héritage grec est repris dans la dernière acception : les philosophes musulmans connaissent Aristote, mais aussi Plotin ou Euclide, le mathématicien. Mais les théologiens ne semblent pas avoir suivi le même chemin.

Comment expliquez-vous l'ampleur de la polémique provoquée par votre livre ?

J'ai mis en cause, sans violence, une doxa. J'ai aussi dérangé ce qu'on appelle le mandarinat. Pour les spécialistes, je ne suis pas habilité à m'exprimer sur le sujet. Je ne serais pas compétent car je suis sorti de mon domaine habituel. Ce n'est pas accepté. On ne me le pardonne pas. J'ai seulement voulu m'adresser au grand public. Ce que je regrette, c'est qu'à un livre qui peut être discuté on répond par des pétitions et le lynchage médiatique. 

01/06/2008

Après Olmert : mettre fin à l’hégémonie des élites corrompues, P.Lurcat

Alors que l’Etat d’Israël vient de célébrer son soixantième anniversaire, le système politique et le pays se trouvent à la croisée des chemins. Israël n’a jamais été confronté, depuis la guerre d’Indépendance, à de si nombreuses menaces concomitantes : Iran, Syrie, Hamas, Autorité palestinienne, Al-Qaida… Pourtant, de manière paradoxale, la principale menace qui pèse aujourd’hui sur l’Etat juif n’est pas celle des ennemis extérieurs, surarmés et rendus plus déterminés par le spectacle de notre déroute, mais bien celle des ennemis intérieurs. Et l’ennemi intérieur, aujourd’hui, ce n’est pas la « cinquième colonne » que constituent les Arabes israéliens – dont les députés à la Knesset affichent ouvertement leur soutien aux ennemis d’Israël – mais ce sont les dirigeants corrompus du système politique.

La corruption politique en Israël, hier et aujourd’hui

 

Une erreur fréquente pour l’observateur de la politique israélienne, lorsqu’il veut mettre en perspective les événements actuels, consiste à embellir le passé. A cet égard, il est évident que la corruption politique n’est pas quelque chose de nouveau en Israël. Elle existe depuis les débuts de l’Etat – et existait même dans le Yishouv préétatique – et elle existe aussi dans tous les pays démocratiques. Ce qui rend la corruption actuelle particulièrement préoccupante, et qui en fait une véritable menace stratégique, c’est d’une part son ampleur, et d’autre part son imbrication au cœur du processus de décision politique.

 

La classe politique israélienne dans les premières années de l’Etat était déjà touchée par la corruption, et le système du parti unique Mapaï, qui a régné sans partage jusqu’au « Mahapa’h » de 1977, a favorisé la corruption. Mais les dirigeants d’alors avaient tout de même pour principale préoccupation l’intérêt public. Ni David Ben Gourion, ni Golda Meir, ni même Menahem Begin n’étaient exempts de défauts, certes, mais tous les trois étaient animés principalement par la volonté de défendre l’Etat contre ses ennemis et d’assurer sa pérennité. Ben Gourion, notamment, malgré son manque de sens démocratique et sa haine tenace envers la droite (de Jabotinsky à Begin), a toujours placé l’intérêt supérieur du pays en tête de ses préoccupations.

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La clique corrompue de Kadima

 

La situation a changé radicalement avec les accords d’Olso en 1993, et de manière plus dramatique encore, lors de la « Hitnatkout » décidée par le gouvernement d’Ariel Sharon en 2005. S’il est un homme politique israélien qui incarne au plus haut point le niveau de déchéance morale auquel Israël est parvenu ces dernières années, c’est bien Sharon. Le héros des guerres d’Israël est devenu le symbole le plus criant de la décadence et de l’enlisement de la classe politique israélienne après Oslo et après Goush Katif. Ariel Sharon est aussi celui qui a le plus contribué à faire de la corruption une maladie endémique qui touche aujourd’hui tous les centres névralgiques du pouvoir en Israël.

 

Etre un « peuple comme les autres » ?

 

Eliezer Shraga, qui dirige l’association pour la qualité du gouvernement et lutte depuis de nombreuses années contre la corruption politique, a déclaré récemment que la corruption était devenue un danger tel, qu’elle menaçait de nous « ramener aux fours crématoires »… Ce qu’il voulait dire, c’est que la corruption politique met en péril les fondements mêmes de l’Etat, et qu’elle risque de mettre fin à notre indépendance nationale. Cette corruption touche tous les secteurs et tous les partis politiques, comme en atteste le fait que la nouvelle affaire Olmert ait été rendue publique quelques jours après la condamnation du député du parti orthodoxe sépharade Shas, Shlomo Benizri.

 

Comment sortir de cette situation ? Une des réponses se trouve dans le retour aux valeurs fondamentales de notre Tradition. Il apparaît en effet de plus en plus clairement que le rêve du sionisme laïc de devenir un « peuple comme les autres » est voué à l’échec et qu’il représente aussi un danger mortel.

488636196.2.jpgBen Gourion, dirigeant pragmatique et visionnaire à la fois, avait prédit un jour que le sionisme aurait atteint son but le jour où nous aurions nous aussi « nos bandits et nos prostituées »… Il ne pouvait toutefois pas imaginer, même dans ses pires cauchemars, que nos bandits et nos prostituées seraient un jour les dirigeants au pouvoir, comme c’est le cas aujourd’hui !

Ehoud Olmert, Avraham Hirschson, Haïm Ramon et le parti Kadima dans son ensemble incarnent au plus haut point la déchéance morale dans laquelle est enfoncée aujourd’hui la classe politique israélienne. Même si les racines de cette situation sont anciennes, elles sont aussi très largement le fruit de la décision criminelle de détruire les communautés juives florissantes du Goush Katif et du nord de la Samarie, décision dont nous n’avons pas fini de payer le prix. Le fait que le principal artisan de cette politique suicidaire soit aujourd’hui plongé dans un coma interminable, entre la vie et la mort, revêt un caractère symbolique qui n’échappe à personne, quelle que soit l’interprétation – religieuse ou non – que l’on donne à cet événement.

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Roy Klein z.l

 

La réponse à cette situation se trouve sans doute au sein de notre peuple et de la jeune génération, qui a prouvé qu’elle était encore largement immunisée contre la maladie qui frappe les dirigeants et les élites actuelles. Du Goush Katif à la deuxième guerre du Liban, notre jeunesse a montré qu’elle incarnait encore les valeurs juives et sionistes qui ont permis notre renaissance nationale. Si cette génération parvient à chasser du pouvoir les élites corrompues qui nous mènent tout droit à notre perte, si elle réussit à surmonter les obstacles politiques et les mécanismes nombreux qui maintiennent aux postes clés la clique d’Oslo et de Kadima, alors tout espoir n’est pas perdu de voir Israël retrouver sa force et guérir de la maladie terrible qui menace notre survie nationale.

 
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