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27/12/2007

FOXBATS OVER DIMONA, G. Remez et I.Ginor, par Pierre LURCAT (Politique Internationale)

Une fois n'est pas coutume, nous publions une recension d'un livre en anglais, parue initialement dans la revue Politique Internationale.

The Soviets’ Nuclear Gamble in the Six-Day War

Isabella Ginor et Gideon Remez, Yale University Press, 2007, 287 p.

 

Quarante ans après la guerre des Six Jours, un livre écrit par deux chercheurs israéliens apporte un éclairage inédit sur cet événement qui a modifié le visage du Moyen-Orient. Foxbats over Dimona (« Des Mig 25 au-dessus de Dimona ») est le fruit de plusieurs années de recherches menées par Isabella Ginor, chercheuse au Centre Harry Truman de l’université hébraïque de Jérusalem, et Gideon Remez, ancien journaliste de la radio publique israélienne. La thèse audacieuse de leur ouvrage peut se résumer en trois points essentiels : 1°) c’est l’URSS qui a délibérément déclenché la crise et la guerre de 1967; 2°) elle l’a fait dans le but de mettre un coup d’arrêt au programme nucléaire israélien ; et 3°) dans ce contexte, l’URSS avait planifié une intervention militaire contre Israël, incluant la destruction de la centrale de Dimona.

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Cette thèse est contraire à la version communément admise de l’histoire de la guerre des Six Jours. Selon celle-ci, Israël aurait déclenché une attaque préventive contre l’Egypte et la Syrie, après que le président Nasser eut fermé les détroits de Tiran et amassé ses troupes dans le Sinaï. De son côté, l’URSS aurait tout fait pour dissuader l’Egypte d’attaquer Israël, n’étant pas désireuse de déclencher un conflit régional qui risquait de déboucher sur une guerre mondiale. C’est sur ce dernier point que le livre de Ginor et Remez contredit l’historiographie traditionnelle.

 

Celle-ci considère en effet la guerre de 1967 comme un conflit local, dans lequel l’URSS aurait joué un rôle secondaire. Cette évaluation repose largement sur les principes déclarés de la politique soviétique dans la région, auxquels les historiens ont souvent accordé une foi excessive. Comme l’expliquent les auteurs, il faut résister à la tentation d’écrire l’histoire des relations internationales en prenant pour argent comptant les déclarations des acteurs et en négligeant le rôle essentiel du mensonge et de la désinformation, surtout dans le cas des régimes totalitaires et non démocratiques.

 

La méthode de recherche adoptée par Isabella Ginor et Gideon Remez est empirique, prenant pour point de départ les témoignages et les faits sur le terrain, et remettant en question les conclusions parfois hâtives de l’historiographie traditionnelle. La réaction de certains de leurs collègues à leurs travaux a d’ailleurs été éloquente, disant en substance : « nous savons ce qu’était la politique soviétique, et vos allégations ne correspondent pas à ce que nous savons, elles ne peuvent donc être vraies… »

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G. Remez et I. Ginor (photo Pierre Lurcat)

 

Les recherches de Ginor et Remez ont commencé par la découverte, dans un journal ukrainien, du témoignage d’un officier soviétique servant en Méditerranée, relatant comment il avait reçu l’ordre de préparer une unité de « volontaires » pour débarquer sur les côtes d’Israël, en mai 1967. Cette découverte a ensuite été corroborée par d’autres témoignages tout aussi stupéfiants tirés de diverses publications qui - assemblés comme les pièces d’un immense puzzle - ont fini par dessiner une image tout à fait novatrice du rôle de l’URSS dans la guerre des Six Jours, en confirmant l’existence d’un plan conjoint soviéto-égyptien visant à entraîner Israël dans la guerre.

 

Un des épisodes clés du récit fait par les auteurs, qui donne son titre à leur livre, est celui du survol de la centrale nucléaire de Dimona par plusieurs Mig 25 soviétiques, provocation destinée à susciter une riposte d’Israël, qui aurait été considéré comme l’agresseur au regard du droit international. Cet épisode illustre une dimension essentielle – et souvent négligée – de la guerre de 1967 : l’enjeu nucléaire. En 1956 déjà, lors de la campagne de Suez, l’URSS avait menacé Israël d’une attaque nucléaire, si l’offensive conjointe tripartite franco-anglo-israélienne contre l’Egypte ne prenait pas fin. Du point de vue soviétique, cette menace avait porté ses fruits. C’est fort de ce succès que Moscou, très préoccupé par la possibilité de voir l’Etat juif doté de l’arme atomique, avait décidé d’intervenir directement contre Israël, au risque de voir le conflit dégénérer.

 

Au-delà même des révélations qu’il contient sur la guerre des Six Jours, le livre de Gideon Remez et d’Isabella Ginor est également enrichissant par le regard neuf qu’il porte sur les relations internationales et sur les conséquences de la guerre froide au Moyen-Orient. La guerre froide est en effet parfois présentée comme une période de relative stabilité internationale, due à l’équilibre entre les deux superpuissances américaine et soviétique. Le présent ouvrage démontre que l’URSS, loin de favoriser la stabilité et la paix, considérait la guerre comme la « continuation de la diplomatie », et qu’elle était prête à embraser le Moyen-Orient et le monde entier pour servir ses objectifs.

18:12 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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