30.11.2007
Masri Feki, L’axe irano-syrien, géopolitique et enjeux
Jeune chercheur brillant, spécialiste du Moyen-Orient, Masri Feki est né en Egypte. Il a déjà collaboré à l’ouvrage collectif A l’ombre de l’islam, minorités et minorisés. A l’heure où la menace de l’Iran est toujours plus pesante, ce livre concis et synthétique permet de mieux comprendre les enjeux de l’alliance stratégique entre deux régimes que beaucoup de choses semblent opposer : l’Iran chiite, bastion de l’islamisme et exportateur de la Révolution khomeyniste d’un côté, et la Syrie sunnite, officiellement laïque. Ces deux pays ont pourtant de nombreux points communs et ils ont scellé une alliance contre les Etats-Unis, contre Israël et aussi contre le « camp arabe pragmatique ». Ecrit dans un style limpide, le livre de Masri Feki éclaire le lecteur sur le contexte historique et géopolitique de ces deux acteurs importants qui constituent aujourd’hui les deux principaux ennemis pour Israël.

Studyrama, 128 pages, 15 euros.
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26.11.2007
Amir GUTFREUND - Les gens indispensables ne meurent jamais
Les éditions Gallimard viennent de publier la traduction du roman d'Amir GUTFREUND, Les gens indispensables ne meurent jamais, dont nous rendrons compte ici prochainement. Je reproduis la notice du site des éditions Gallimard.
Pierre I. LURCAT
| DU MONDE ENTIER 512 pages - 24,00 € |
| Amir Gutfreund est né en 1963 à Haïfa. Ancien colonel de l'armée de l'air, il vit en Galilée. En 2000 la publication des Gens indispensables ne meurent jamais fit sensation en Israël, et le livre est aujourd'hui traduit en plusieurs langues. |

La loi de la compression est une merveilleuse invention des parents d'Amir et d'Efi : elle permet de transformer en grand-père ou en oncle n'importe quel adulte de leur entourage. Grand-pères Lolek, Heïnek, Yosef et Ménashé rejoignent ainsi grand-pères Shalom et Weil dans le cercle familial que la Shoah a failli anéantir. Mais ce sont surtout l'excentrique grand-père Lolek, ancien soldat de l'armée d'Anders, et son opposé Yosef, pétri de sagesse talmudique et si magnanime, qui veillent sur leur enfance.
En grandissant, Amir et Efi veulent comprendre ce qui s'est passé « là-bas », pendant la guerre. Mais personne n'en parle, et il leur faut inventer mille ruses et astuces pour pousser les membres de cette famille reconstituée à se confier. Petit à petit, devant leur insistance, notamment celle d'Amir pour qui cette quête est devenue essentielle, les barrières cèdent et les récits de ces survivants taciturnes, excentriques ou fous, se déploient, bouleversants.
Les gens indispensables ne meurent jamais constitue une prouesse littéraire. Naviguant sans cesse entre la gravité et la drôlerie, le récit rend palpables ces existences placées sous le signe d'un génocide, de la mort, et en même temps si vivantes, si humaines et si banalement risibles. Le roman d'Amir Gutfreund marque sans le moindre doute un tournant dans la manière d'appréhender la Shoah.
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19.11.2007
Dernièrement en librairie...
Quelques livres parus récemment, dont nous rendrons compte très prochainement de manière détaillée :

Parfaits espions. Les grands secrets de Berlin-Est
De Luc Rosenzweig et Yacine Le Forestier
Editions du Rocher (collection « Un nouveau regard »)
281 pages, 19,90 euros

Les 18 qui ont fait Israël : Portraits et témoignages.
de Freddy Eytan, éditions Alphée – Jean-Paul Bertrand.
19,90 euros.

Israël en état de choc
De Frédéric Pons
Presses de la Cité
300 pages, 19,50 euros.
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16.11.2007
Tatiana de Rosnay, Elle s'appelait Sarah
Un roman autour du Vel' d'Hiv'
Tatiana de Rosnay, journaliste (Elle, Psychologies) et écrivain, a déjà publié huit romans, depuis son premier livre, L'appartement témoin, paru en 1992. Elle s'appelait Sarah, paru en mars dernier en France et dont les droits de traduction ont déjà été acquis par 14 pays, dont Israël, est sans doute le plus fort et le plus poignant de tous ses livres. Elle s'attaque à un thème difficile et passionnant, celui de la déportation des Juifs de France, et de la rafle du Vel' d'Hiv'.

Son livre est construit sur deux époques : il commence le 16 juillet 1942, quand la police française vient arrêter à leur domicile la famille de Sarah, petite fille juive parisienne âgée de dix ans. Le petit frère de Sarah, Michel, réussit à se cacher dans un placard, tandis que sa sœur part avec ses parents, emportant précieusement la clé et lui promettant de revenir très vite le chercher...
Soixante ans plus tard, Julia Jarmond, journaliste travaillant à Paris pour un magazine américain, est chargée de couvrir la commémoration de la rafle du Vel' d'Hiv'. Elle se plonge dans les recherches sur cette page sombre de l'histoire de France qu'elle ignore totalement, et découvre l'horreur de la déportation des familles et des enfants juifs. Son enquête va la conduire sur les traces de la petite Sarah, et lui faire découvrir un secret enfoui qui concerne sa propre belle-famille.
Le roman de Tatiana de Rosnay est habilement construit et écrit d'une plume alerte. Le thème du secret dans l'appartement apparaissait déjà dans son premier livre (L'appartement témoin, Fayard 1992), et elle avait déjà abordé la rafle du Vel' d'Hiv' dans son roman La mémoire des murs (Plon 2003). Elle m'a confié avoir ressenti la nécessité d'écrire plus longuement sur ce sujet, lorsqu'elle a commencé ses recherches.

Je lui ai demandé s'il y avait une part d'autobiographie et si le personnage, très attachant, de la journaliste Julia Jarmond, ne lui ressemblait pas un peu. Tatiana de Rosnay s'en défend, et insiste sur le caractère totalement imaginaire des personnages, même si les faits historiques décrits sont bien réels, eux, hélas. Elle dit avoir écrit ce livre en hommage aux 4000 enfants juifs déportés qui ne sont jamais revenus.
Pour écrire ce livre, Tatiana s'est rendue sur les lieux du crime, c'est-à-dire à Drancy et à Beaune-la-Rolande. Son roman est à la fois émouvant et authentique dans sa relation des faits historiques. Le succès qu'il rencontre en France et à l'étranger, témoigne de l'intérêt non démenti des éditeurs pour le thème de la Shoah.

Mais il s'agit d'un véritable roman, et pas d'un livre d'histoire romancée. Le talent de l'auteur est précisément d'avoir su bâtir une histoire crédible, avec des personnages bien campés et très réalistes. Celui de Julia Jarmond, la journaliste, mais aussi celui de Bertrand, son mari, un peu macho et très représentatif d'une certaine France, qui essaie de convaincre sa femme de ne pas écrire sur le Vel' d'Hiv' et sur ces "vieilles histoires" qui n'intéressent plus personne...
Un autre thème central du livre, mis à part celui de la déportation, est celui de la relation conjugale et de l'effritement du couple, que Tatiana Rosnay décrit avec beaucoup de finesse psychologique. Elle nous fait partager les secrets de son héroïne (Julia) avec une grande pénétration, notamment à propos du thème de la maturité et du désir d'enfanter. La scène de l'avortement annulé au dernier moment est à mes yeux une des plus fortes du livre, qui ne manque pourtant pas de rebondissements et d'émotions.
Ayant lu d'un bout à l'autre ce livre sans m'arrêter, je n'ai pu m'empêcher de penser, en le refermant, qu'il y avait une ironie cruelle dans le fait qu'un nouvel Hitler menace aujourd'hui d'extermination l'Etat d'Israël, où vivent encore de nombreux rescapés de la Shoah. Tatiana de Rosnay qui n'est jamais venue en Israël, m'a dit vouloir s'y rendre depuis longtemps. Je suis certain que son livre trouvera ici de nombreux lecteurs, tant en hébreu qu'en français.
Elle s'appelait Sarah, de Tatiana de Rosnay. Editions Heloïse d'Ormesson, 2007.
Itshak Lurçat
(article paru dans VISION D'ISRAEL)
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14.11.2007
Chaïm Potok, un Hassid en littérature
Chaïm Potok (1929-2002) occupe une place de choix parmi les écrivains juifs américains du vingtième siècle. Il est en effet - aux côtés d’Isaac Bashevis Singer, de Bernard Malamud, de Saül Bellow ou de Cynthia Ozik – un des représentants les plus talentueux de cette « école juive de New York » qui a produit certains des plus grands romans du siècle passé. Mais il est aussi un de ceux qui ont donné le contenu le plus juif et le plus universel à cette forme particulière de l’écriture romanesque, devenue presque un genre littéraire sui generis : le roman juif américain.

Né en 1929 à New York, dans le Bronx, Herman Harold Potok est le fils d’immigrants juifs de Pologne. Son père, Benjamin Max, est horloger et bijoutier. Ses parents lui donnent une éducation juive orthodoxe. Très jeune, il se met à dévorer les auteurs classiques américains (Ernest Hemingway, William Faulkner) et européens (James Joyce, Thomas Mann, Evelyn Waugh). Il poursuit ses études juives jusqu’à son ordination comme rabbin (par le Jewish Theological Seminary, affilié au courant conservative), à l’âge de 25 ans. Parallèlement, il obtient un diplôme de littérature anglaise à la Yeshiva University. Son intérêt pour le judaïsme et pour l’écriture va déterminer sa carrière rabbinique et littéraire.
En 1955, Potok est envoyé en tant qu’aumônier militaire en Corée du Sud, où il passe deux ans. Cette expérience lui inspirera un de ses plus beaux livres, Le Livre des lumières (The Book of Lights) publié en 1981. Il se marie en 1958 avec Adena Sara Mosevitzky, qui lui donnera trois enfants. Entre 1964 et 1975, il est rédacteur en chef de la Jewish Publication Society et de la revue Conservative Judaism. Son premier roman, L’élu (The Chosen) paraît en 1967 et révèle immédiatement son talent littéraire. Adapté au cinéma en 1981, il fait l’objet d’une suite, La Promesse, publiée en 1969. Entre 1967 et 1990, Potok publie ses plus grands romans : Je m’appelle Asher Lev (1972), Au commencement (1975), Le Livre des lumières (1981), La Harpe de Davita (1985), et Le don d’Asher Lev (1990). Son oeuvre romanesque est traduite en de nombreuses langues et publiée en France chez Buchet Chastel.

Un maître de l’écriture romanesque
Outre ses romans précités, Potok a également publié des livres pour enfants et une Histoire du Peuple Juif. Mais l’aspect le plus marquant de son écriture est indéniablement son immense talent romanesque. Si les livres de Potok ont connu un tel succès, aux Etats-Unis (où son premier roman, L’élu, s’est vendu à 3 millions d’exemplaires) et à l’étranger, c’est d’abord parce qu’il a su donner vie à des personnages inoubliables : Reuven Malter et Danny Sanders (L’élu, La Promesse), Asher Lev (Je m’appelle Asher Lev, Le don d’Asher Lev), ou Gershon Loran (Le Livre des Lumières) qui comptent parmi les plus beaux héros de romans du vingtième siècle.
Le talent de Potok réside à la fois dans sa technique romanesque, dans son style (qui a été comparé à celui d’Hemingway) et dans le contenu de ses livres. A cet égard, il est un parfait exemple de romancier juif au plein sens du terme, qui décrit un monde dans lequel le judaïsme n’est pas seulement une origine familiale ou un destin imposé par l’histoire, mais une vocation librement consentie et vécue dans toute sa richesse humaine et spirituelle.

Cette caractéristique des romans de Potok est particulièrement frappante si l’on compare son oeuvre à celle des autres grands écrivains de l’école juive de New York. Bashevis Singer, son illustre aîné, a atteint une notoriété mondiale en dépeignant l’existence juive en Pologne avant la Shoah et en Amérique. Mais les personnages juifs de Singer sont le plus souvent des étudiants juifs de yeshivot qui ont quitté le monde juif traditionnel – comme Singer lui-même, fils de rabbin – pour rejoindre celui de l’Occident, en Europe ou aux Etats-Unis. Chez Potok, les héros juifs sont enracinés dans la communauté hassidique new-yorkaise, et même ceux qui choisissent une voie différente, à l’instar d’Asher Lev, restent membres de cette communauté, au prix de déchirements et de conflits très difficiles.
A la recherche du « paradis mystérieux de la tradition »
Ce contenu juif des romans de Potok, c’est d’abord celui du hassidisme et du mouvement Habad, dont il a décrit le développement en Amérique de manière fidèle et inspirée. Les pages de ses romans (Je m’appelle Asher Lev notamment) où il décrit le Rabbi et ses fidèles dans la communauté Habad new-yorkaise comptent parmi les plus belles de son oeuvre. Avec un talent inégalé, Potok a su rendre de manière romancée l’existence de cette communauté et l’incroyable volonté de reconstruire le judaïsme qui animait le Rabbi de Loubavitch après la Shoah. Rien que pour cela, Potok mérite d’entrer au panthéon de la littérature juive contemporaine.
Mais au-delà même de cette description authentique et vivante, il réussit à faire partager au lecteur la tension qui anime ses personnages, partagés entre la fidélité à la tradition dans laquelle ils ont grandi et leurs aspirations intellectuelles, artistiques ou professionnelles. Ce thème omniprésent chez Potok, qui lui a été inspiré par sa propre adolescence (il avait pensé devenir peintre, ce qui était inconcevable dans le milieu juif orthodoxe où il a grandi), confère à ses livres leur force et leur attrait particulier pour les lecteurs de notre génération.
A la différence d’un Bashevis Singer dont les personnages appartiennent à une génération qui voulait quitter l’univers de la Tradition, trop étroit à leurs yeux, pour découvrir le monde extérieur, Potok décrit des héros enracinés dans cette Tradition, qui ne veulent pas s’en éloigner, mais la concilier avec leurs aspirations personnelles (il n’est pas fortuit que Potok ait été longtemps membre du courant conservative). Un critique français a écrit que les livres de Potok parlaient à notre génération qui était celle du retour et de la recherche de Dieu.
Plus précisément, nous sommes ce que Gershon Loran (le héros du Livre des lumières, qui n’est autre que Potok lui-même) appelle des « Zwischenmenschen », des personnes-entre-les-deux, qui n’appartiennent ni totalement au monde de la Tradition, ni totalement à celui de l’Occident moderne. Et c’est pour cela que ses livres nous touchent et nous émeuvent si profondément, parce qu’ils nous parlent de notre propre expérience et de notre recherche d’un paradis juif dont nous avons été éloignés, ce « paradis mystérieux de la tradition » (Jacob Gordin).
Itshak P. Lurçat
(article paru dans VISION D'ISRAEL)
09:37 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.11.2007
Depardieu et Ardant tournent en Israël
Depuis lundi 5 novembre, le centre d'intégration de l'Agence juive de Mevasseret Sion près de Jérusalem est le cadre du tournage du nouveau film de Graham Guit (Le Ciel est à nous, Les Kidnappeurs, Le Pacte du silence) avec les acteurs français Gérard Depardieu et Fanny Ardant et les Israéliens Lior Ashkénazi, Sasson Gabaï et Dana Ivgi.
Dans le film, Alain (joué par Depardieu) et sa femme Giselle (Ardant) décident de quitter la France et de s'installer en Israël suite à la décision de leur fils d'épouser une Française catholique. Arrivés au centre d'intégration de Mevasseret Sion, le couple découvre les réalités de la vie israélienne aux côtés des nouveaux immigrants éthiopiens. Alain, qui n'arrive pas à faire face aux difficultés de la bureaucratie israélienne, ne réussit pas à s'intégrer et décide de rentrer en France. Giselle décide de rester et entame une liaison avec un rabbin réformiste (joué par Lior Ashkénazi).

Lior Askenazi
"C'est un endroit extraordinaire", s'est exclamé Depardieu au sujet du centre d'intégration. "Je suis heureux de voir les nouveaux immigrants d'Ethiopie [qui représentent la majorité des résidents du centre], ils sont la partie la plus importante du film".
Hello Goodbye sortira sur les écrans français en 2008.
© Jerusalem Post édition française
14:13 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'Ange de l'Histoire
Les éditions Gallimard viennent de rééditer (dans la collection de poche Folio Essais) le très beau livre de Stéphane Mosès paru en 1992, L'Ange de l'Histoire, dans une nouvelle version revue et augmentée. Né à Berlin en 1932, Stéphane Mosès vit depuis 1969 à Jérusalem, où il enseigne à l'université hébraïque. Son livre est une étude de trois philosophes juifs allemands de la première moitié du vingtième siècle : Franz Rosenzweig, Walter Benjamin et Gershom Scholem. A travers la pensée de ces trois philosophes, Mosès aborde le thème fondamental du messianisme juif, en l'opposant à la conception occidentale de l'histoire, décrite comme une progression irréversible vers son accomplissement final.

Dans un style limpide et lumineux, l'auteur développe ainsi une conception véritablement juive de l'histoire, dans laquelle la Rédemption peut survenir à tout moment, mais peut également ne pas survenir, cette "incertitude étant caractéristique du messianisme juif". Ce livre important permet de saisir les enjeux intellectuels du débat qui secoue aujourd'hui le monde sioniste religieux, et que l'on peut résumer ainsi : comment comprendre les événements actuels à la lumière de la croyance que nous vivons le début des temps messianiques ? Comment interpréter les soubresauts de l'histoire juive récente, comme la destruction du Goush Katif ou la corruption généralisée ? Un livre fondamental qui aide à comprendre notre histoire.
Pierre I. Lurçat
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06.11.2007
Rencontre avec Zeruya Shalev
Née au kibboutz Kinneret en 1959, Zeruya Shalev est une des représentantes les plus talentueuses de la nouvelle génération d’écrivains d’Israël. Son dernier livre, Théra, qui vient d’être publié en France, est déjà traduit en 7 langues et les trois précédents ont été traduits en pas moins de 22 langues, parmi lesquelles le grec, le slovène, le croate ou le coréen… Son précédent livre, Mari et Femme, est un best-seller dans plusieurs pays d’Europe, et notamment en Allemagne, où il s’est vendu à plus de 800 000 exemplaires.

Mariée (avec l'écrivain Eyal Megged) et mère de deux enfants, Shalev a fait des études bibliques, et elle vit aujourd’hui à Jérusalem, où elle travaille comme éditrice. La famille Shalev compte plusieurs écrivains et poètes. « On a ça dans les gènes », explique Zeruya. « A l’âge de 6 ans, j’écrivais déjà et mes parents me lisaient Kafka, Gogol et bien sûr, la Bible ». Née au kibboutz, elle n’y est pas restée longtemps car, précise-t-elle, « mes parents se sont vite aperçus qu’il s’agissait d’un système éducatif anormal ». Ils se sont installés à Tel Aviv, avant de déménager à Jérusalem après la guerre des Six Jours.
Pour comprendre l’engouement que suscite son oeuvre, tant en Israël qu’à l’étranger, il est nécessaire de préciser la place qu’occupe Zeruya Shalev dans le paysage littéraire isréalien. Ses quatre romans, auxquels s’ajoute un recueil de poésie et un livre pour enfants, lui ont suffi à occuper une place en vue au sein de la nouvelle génération d’écrivains d’Israël. Une génération qui, contrairement à celle des Amos Oz, A.B. Yehoshua et David Grossman, refuse de transformer la littérature en manifeste politique.
Trop souvent en effet, ces représentants de la « génération de l’Etat » ont confondu le rôle de l’écrivain et celui d’hommes politiques. On peut même se demander si les illustres aînés de Zeruya Shalev - Oz, Yehoshua et Grossman - ne doivent pas leur célébrité mondiale moins à leur talent littéraire qu’à leurs opinions politiques et à leur engagement au sein du mouvement « La Paix Maintenant », dont ils sont devenus les porte-parole attitrés.
Or c’est précisément cette confusion des genres que rejettent Zeruya Shalev et d’autres écrivains de sa génération. Dans les romans de Shalev, qui se déroulent en Israël aujourd’hui, on chercherait vainement la moindre allusion politique ou le plus petit indice permettant de deviner ses opinions sur le conflit israélo-arabe ou sur le « problème palestinien »… Zeruya Shalev fait partie de ces écrivains qui, comme Aharon Appelfeld et d’autres, refusent de se laisser enfermer dans le rôle de « l’écrivain israélien engagé qui dénonce la politique de son gouvernement »…
Zeruya Shalev (Photo Pierre LURCAT)
On aurait tort de voir dans cette attitude un quelconque repli sur soi ou une tentative de fuir la réalité israélienne. Car Zeruya Shalev, qui a été grièvement blessée dans l’attentat du 24 janvier 2004 à Jérusalem, a éprouvé dans sa chair la dure réalité du conflit et la haine que vouent les Arabes à notre peuple. Quelques semaines avant cet attentat, elle avait même confié, de manière quasi-prémonitoire, sa peur des terroristes kamikazes à une journaliste française…
Zeruya Shalev a raconté dans un article de journal l’attentat dont elle a été victime en janvier 2004, alors qu’elle venait de déposer son fils à l’école : « Tout à coup, j’ai entendu un grand boum, c’est ce que disent systématiquement les témoins choqués que l’on interviewe tout de suite après un attentat, je marchais et j’ai entendu un grand boum, je parlais au téléphone et j’ai entendu un grand boum, je me demande s’il y a des mots plus explicites que ceux-là, voilà que ça m’est arrivé à moi aussi, tout d’un coup j’ai entendu un grand boum, mais plus que d’entendre l’explosion je l’ai ressentie dans mon corps, un souffle d’une extrême violence, comme si un immense pied s’était tendu du haut du ciel pour me donner un coup, me soulever dans les airs telle une poupée de chiffon et me projeter sur le trottoir… »
Le langage universel de la littérature
Si Zeruya Shalev n’a pas voulu se laisser entraîner sur la pente facile suivie par les écrivains de « La Paix Maintenant », c’est parce qu’elle a une conception plus élevée de la littérature. Elle connaît la différence entre un roman et une pétition publiée dans les colonnes du journal Ha’aretz… Car le territoire véritable de la littérature ne se situe pas entre la Méditerranée et le Jourdain, dans cet espace minuscule que le monde entier nous dispute. C’est celui, beaucoup plus vaste, de la vie et des mots.
Dans le récit de l’attentat dont elle a été victime, Zeruya Shalev s’est expliquée concernant son refus de parler de politique dans ses romans. Elle parle de sa résistance aux « définitions réductrices de droite ou de gauche » et de son « entêtement à ignorer la violence de la réalité extérieure, à continuer d’écrire des romans qui tournent autour de la réalité intérieure, qui examinent l’âme humaine, universelle, qui parlent de la guerre des sexes et non de la guerre des peuples, des frontières affectives et non des frontières géographiques… »
C’est parce qu’elle parle ce langage universel de la littérature que ses livres sont lus avec autant de passion dans de si nombreux pays du monde, et que Zeruya Shalev rencontre un succès aussi grand tant en Israël qu’à l’étranger. Ses trois derniers romans constituent une sorte de trilogie, qui tourne autour du couple et de la vie familiale et conjugale. Le premier, Vie amoureuse, décrit une relation passionnelle entre une femme et un homme deux fois plus âgé qu’elle. Le deuxième, Mari et femme, parle de la décomposition d’un couple confronté à la maladie.
Son dernier roman, Théra, est la narration d’un divorce et de la tentative de recomposer une cellule familiale, sur les décombres d'un mariage détruit. Avec un langage d’une précision chirurgicale, Zeruya Shalev décrit les tourments d’une femme qui décide de quitter le mari qu’elle n’aime plus et qui tente de retrouver un bonheur fugace, partagée entre le doute, l’appréhension et la culpabilité. Son écriture est parsemée d’images et de réminiscences du Tanakh, que Shalev a étudié, ce qui confère à son style une force et une profondeur quasiment bibliques.
Si les romans de Zeruya Shalev ont pu toucher un public aussi vaste, c’est sans doute parce qu’elle décrit des situations qui sont vécues de la même manière dans toutes les villes du monde. En cela, elle est la représentante d’une nouvelle génération d’écrivains israéliens qui redécouvrent, au-delà des vicissitudes de la politique et des discours convenus sur la guerre et la paix – dans lesquels leurs prédécesseurs se sont souvent laissé enfermer avec complaisance – la quintessence de la littérature.
Pierre Itshak LURCAT
Tous les livres de Zeruya Shalev sont publiés aux éditions Gallimard.
(article paru dans Vision d'Israël)
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01.11.2007
André Chouraqui, le traducteur de Jérusalem
André Chouraqui, décédé le 9 juillet dernier à Jérusalem à l’âge de 90 ans, est né en 1917 à Ain Témouchent, en Algérie. Son père, viticulteur et négociant en céréales, était le descendant d’une famille de rabbins. Avocat, écrivain et homme politique, André Chouraqui est surtout connu pour ses traductions de la Bible et du Coran, et aussi pour son activité en faveur du rapprochement interreligieux. Il passe son enfance en Algérie, avant de partir faire ses études de droit à Paris, où il séjourne de 1934 à 1938. Il mène en parallèle des études d’hébreu et d’araméen à l’école rabbinique et à la Sorbonne.

Pendant la guerre, il se réfugie avec sa femme dans le village de Chaumargeais, en Haute-Loire, et prend part à la résistance juive dans le cadre de l’O.S.E. clandestine (Oeuvre de Secours aux Enfants). Il y fait la connaissance de Jacob Gordin, qui dirige la fameuse « école des prophètes », noyau de la future école des cadres d’Orsay. Après la guerre, il retourne à Alger où il achève ses études de droit et est nommé juge de paix, à Michelet puis à Bou Saada. La maladie de sa femme le contraint à regagner la France, où il est engagé par René Cassin en tant que secrétaire général adjoint de l’Alliance Israélite Universelle. C’est dans ce cadre qu’il effectue des voyages et des conférences dans plus de quatre-vingt pays, tout en se consacrant à son oeuvre d’écrivain et de traducteur.
En 1956, il se rend en Israël et rencontre David Ben Gourion. Il décide de s’y établir, ce qu’il fera deux ans plus tard avec sa deuxième épouse, Annette Lévy. En 1959, il est nommé conseiller de David Ben Gourion, chargé notamment des questions d’éducation et d’intégration des nouveaux immigrants. En 1965, il se présente aux élections à la mairie de Jérusalem sur la liste de Teddy Kollek, dont il devient le premier adjoint. Les années 1970 sont consacrées à sa traduction de la Bible hébraïque et du Nouveau Testament.
L’oeuvre écrite d’André Chouraqui n’est qu’une des nombreuses facettes de son activité incessante, dans les domaines politique, culturel et religieux, en faveur du rapprochement entre les trois grandes religions monothéistes. Parmi ses nombreux livres, il faut citer notamment : Théodore Herzl, inventeur de l’Etat d’Israël (Seuil 1960, réédité chez Robert Laffont en 1991 sous le titre « Un visionnaire nommé Herzl ») ; Vivre pour Jérusalem (Desclée de Brouwer 1973) ; Histoire du judaïsme (PUF 1990) ; L’Etat d’Israël (PUF 1984) ; Histoire des Juifs en Afrique du Nord (Hachette 1987) ; L’amour fort comme la mort (autobiographie, Laffont 1989).

Mais ce sont surtout ses traductions qui ont fait la renommée d’André Chouraqui, et notamment celles de la Bible et du Coran. Sa traduction de la Bible, tant juive que chrétienne, a été publiée entre 1974 et 1977 par Desclée de Brouwer, en 26 volumes, sous le titre « La Bible hébraïque et le Nouveau Testament ». Sa traduction du Coran est parue en 1990 chez Robert Laffont. La traduction par André Chouraqui de la Bible hébraïque, désignée plus couramment comme la « Bible Chouraqui », ne ressemble à aucune autre traduction française du « Tanakh ». Tout le talent et l’inspiration de Chouraqui sont consacrés à tenter de rendre en français l’esprit et le souffle de l’hébreu, effacés et occultés par des siècles de lecture chrétienne du texte original. Comme l’explique la traductrice Francine Kaufmann :
« Chouraqui amène le lecteur au texte et non le texte au lecteur pour produire une sorte de Targum que Meschonnic et Gergely nommeront une « traduction-calque de la Bible ». La syntaxe française est souvent malmenée pour reconstituer les rebonds du texte, le vocabulaire est secoué pour reconstituer les significations premières des radicaux bibliques ou pour faire écho aux sonorités hébraïques. Certains lecteurs s’en réjouissent, avides de se forger une familiarité plus grande avec une parole trop longtemps « policée » sous son vêtement français ».
La méthode et l’audace de Chouraqui, écrit encore Francine Kaufmann, « scandalisent ceux qui considèrent ses jongleries verbales comme un avatar du « littéralisme » et du mot à mot. Elles éblouissent au contraire ceux (notamment les hébraïsants) qui sont sensibles à la force poétique et créatrice de procédés propres à révéler des associations sémantiques qui auraient été perdues autrement. En jouant sur les étymologies, en utilisant les mots crus et concrets de l’original, en recourant au présent intemporel (mieux apte à rendre les temps grammaticaux hébraïques qui découpent la temporalité autrement), Chouraqui souhaite secouer la poussière qui couvre des siècles de routine traductionnelle, « décoloniser » le texte, le « réorienter » en le rendant à cet Orient dont il est issu, le décaper pour en retirer les mots qui ont perdu avec le temps leur force et leur signification originelle ».
Ce « scandale » littéraire est tel qu’un poète français n’hésitera pas à qualifier l’entreprise de Chouraqui de « régression linguistique, [de] faux poétique et [de] trahison du juif »… Mais au-delà de la polémique des salons parisiens, il reste l’oeuvre immense et originale d’un lecteur de la Bible qui était aussi un grand traducteur et un amoureux de Jérusalem et d’Israël. La meilleure façon de se faire un avis est de se plonger dans la traduction de Chouraqui, voyage initiatique dont aucun lecteur ne sortira indemne. Je vous invite donc à découvrir la Bible Chouraqui.

Pour en savoir plus
- André Chouraqui : outre les oeuvres déjà citées, on lira avec profit sa traduction de la Bible, publiée en poche par Desclée de Brouwer 2001.
- Cyril Aslanov, Pour comprendre la Bible : la leçon d’André Chouraqui, éditions du Rocher 1999.
- Francine Kaufmann, « Traduire la Bible et le Coran à Jérusalem : André Chouraqui », in Meta, XLIII, 1, 1998 (publié en ligne sur le site www.erudit.org).
- Site Internet d’André Chouraqui : www.andrechouraqui.com
Itshak P. Lurçat (paru initalement dans le journal VISION D'ISRAEL)
21:35 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note










