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David Shahar, un écrivain à part

David Shahar (1926-1997) occupe une place à part dans la littérature israélienne. Issu d’une famille installée à Jérusalem depuis plusieurs générations, il est l’auteur d’une oeuvre romanesque abondante, dont la pièce maîtresse est constituée par le cycle du « Palais des vases brisés », vaste fresque qui se déroule dans la Jérusalem des années 1920 et 1930. Il a aussi écrit des nouvelles, des contes et des livres pour enfants. Ses livres ont été traduits en de nombreuses langues, parmi lesquelles le français (aux éditions Gallimard).

 

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(Photo Yehoshua Glotman)

David Shahar est-il le « Proust israélien » - comme on l'a parfois surnommé - ou encore un conteur oriental, ou bien peut-être les deux à la fois ? En réalité, il est, tout comme Jérusalem où se déroulent la plupart de ses livres, à cheval sur plusieurs mondes, aux frontières de l'Orient et de l'Occident. Si son écriture a pu être comparée à celle de Proust, c'est que Shahar mêle de façon inextricable présent et passé, narration et souvenir, récit et réminiscence…

 

Un des thèmes récurrents dans l'oeuvre de Shahar est celui de la relation entre l'âme et le corps. Il apparaît notamment dans la description du « savant allemand ampoulé », personnage de La Nuit des Idoles qui soutient l'inexistence de l'âme. « La science prouvait qu'il n'existait rien qui put s'appeler une "âme". L'âme n'existait pas ; elle n'était qu'une création des poètes, des fondateurs de religions, ou d'un certain genre de philosophes ». Cette conception païenne est rejetée avec force par Shahar, qui récuse tout autant l'idée d'une âme totalement coupée du corps et de la matérialité du monde.

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Un monde plein de poésie

Matérialisme obtus et spiritualisme désincarné : c'est entre ces deux conceptions également réductrices de la nature humaine que Shahar déploie sa vision d'un monde empli de poésie et de mystère, monde plein de formes, de couleurs, de lignes, de sens, d'odeurs, de sensations… On comprend mieux dès lors l'intérêt de Shahar pour la kabbale lurianique, inspirant le thème de la « brisure des vases » qui donne le titre à son oeuvre maîtresse, Le Palais des Vases brisés.

Le palais des vases brisés

 

Shahar a parfois été qualifié à tort de Juif antireligieux. Mais ce n'est pas la religion qu'il attaque, ni même l'orthodoxie juive, mais seulement une certaine conception du judaïsme. Ce que Shahar reproche à une certaine idée du judaïsme, c'est d'avoir fait sienne la dichotomie d'origine chrétienne du corps et de l'âme, de l'esprit et de la matière. Si les personnages shahariens sont tellement vivants et présents en nous, c'est sans doute parce qu'ils existent, corps et âme, à travers les pages de ses livres, et au-delà. Ses personnages sont dotés de sens, et le monde qu'il dépeint est appréhendé à travers les cinq sens, comme l'illustre ce passage d'un de ses livres :

 

« Avec ces derniers mots lui apparut l'image de sa mère en train de choisir une miche de pain, action qui requiert des sens raffinés, aiguisés par l'expérience : un oeil qui reconnaisse le brun doré de la miche cuite à point, un nez qui décèle sa tiède senteur, une main qui en éprouve la croustillance, une oreille attentive aux légers craquements de la tendre mie pressée dans la croûte ». (Un voyage à Ur de Chaldée).

 

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La rue des Prophetes

L'univers de David Shahar

 

Shahar dépeint la Jérusalem des années 1920 et 1930, très différente de la ville d'aujourd'hui : la vie s'y écoule à un autre rythme. Les visiteurs du quartier de la rue des Ethiopiens, qui relie le quartier de Méa Shéarim à la rue des Prophètes, découvriront une parcelle de l'univers de David Shahar. Shahar était francophone et se rendait souvent en France. Une rue de Dinard porte même son nom, témoignage de la relation particulière qu'il entretenait avec la Bretagne.

 

Tous ses livres ont été traduits en français par Madeleine Neige, sa traductrice attitrée. Shahar relate à ce sujet cette anecdote, qui en dit long sur le talent de sa traductrice : un journaliste israélien demanda à un écrivain français qui visitait Israël s'il avait lu des auteurs israéliens. Celui-ci répondit « Je suis navré, je n'ai jamais rien lu qui soit écrit par un Israélien ; par contre je connais les livres de quelqu'un qui dit s'appeler David Shahar, mais c'est un Français, c'est évident ! »...

Itshak Lurcat

(article paru dans le journal Vision d'Israël)

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