22/05/2013
J'ai progressivement cessé d'être française, sans m'en rendre compte, par Liliane Lurçat
Avant même que l'évidence d'une substitution massive de la population par des gens qui voulaient la place ne s'impose à moi, j'ai compris que mon statut n'était plus le même.
Durant de longues années je me suis sentie de gauche et française . Cela ne me posait aucun problème. Il m'a fallu atteindre un âge avancé pour penser la France, penser le fait d'être français, en m'en sentant extérieure, en vivant l'exclusion.
Depuis le putch gaulliste et l'instauration d'un pouvoir présidentiel, ce n'était plus la France de la troisième république, celle qui m'a élevée dans son école maternelle et primaire, et qui a fait de moi un enfant comme les autres, imprégné des valeurs de la République et de la morale de l'école, celle qui savait instruire et se faire respecter. Je ne savais pas penser le monde, certes, mais j'aimais l'école.
Longtemps j'ai cru encore être d'ici, mais c'est devenu de moins en moins vrai.`C'est ici, mais ce n'est plus ici'. Ceux qui cèdent leur place deviennent insidieusement des déplacés dans ce qu'ils croient être encore leur pays. Ce pays continue de ressembler à ce qu'il fut mais il n'est plus. Les progrès techniques , les modifications du mode de vie, masquent la nature du changement mais ne peuvent pas l'empêcher.

"Ma naissance à Jérusalem choquait..."
J'ai d'abord senti que je n'étais plus française par un effet d'exclusion : ma naissance à Jérusalem choquait et déplaisait dans les bureaux de vote. Je n'ai plus voté.
Puis j'ai senti la même chose par le sentiment que je n'avais pas changé, mais que la France n'était plus le pays dont je m'étais imprégnée tout au long de ma vie, depuis mon arrivée en 1929, à l'âge d'un an et demi.
J'étais en pleine lecture du livre de Gustave Le Bon, La Psychologie du socialisme, paru en 1905. J'avais apprécié sa « Psychologie des foules « quand j'analysais les effets de la télévision sur les jeunes enfants.
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Jabotinsky, prophète de la « Révolution sociale » biblique en Israël ? Pierre Itshak Lurçat
A mes filles Fanny, Sarah, Tamar et Naomi
Un aspect oublié de la pensée du Roch Betar
S’il est un domaine dans lequel l’Etat d’Israël et le sionisme ont, pour l’instant, échoué, ce n’est pas comme l’affirment les tenants du faux messianisme de « La Paix Maintenant », celui des relations entre Israël et le monde arabe… Car l’instauration de relations pacifiques avec nos voisins ne dépend pas des sacrifices faits par Israël sur l’autel du « processus de paix ».
Non, le domaine où le sionisme a véritablement échoué est tout autre : il peut se résumer dans cette information terrible qui a été publiée cette semaine ; 860 000 enfants israéliens vivent en-dessous du seuil de pauvreté ! On peut bien entendu, comme beaucoup de commentateurs plus ou moins sincères, se « consoler » en regardant la moitié pleine du verre : Israël est un pays développé dont la croissance dépasse celle de biens d’autres Etats occidentaux et dont la situation économique est meilleure que celle de pays plus riches et plus anciens… Mais aucun de ces arguments ne peut effacer cette réalité dérangeante : l’Etat juif est aujourd’hui le pays de l’OCDE où les écarts entre riches et pauvres sont les plus grands.
Ainsi, loin de créer un Etat qui serait un modèle de justice sociale, le mouvement sioniste a abouti à un Etat qui est aujourd'hui un des plus inégalitaires du monde occidental... Contrairement à une idée reçue, l’idéal social inhérent au mouvement sioniste n’était pas l’apanage des partis sionistes socialistes de différentes tendances. Il était en réalité partagé par de nombreux courants sionistes, et notamment par le sionisme religieux et aussi par le fondateur même du sionisme politique, Theodor Herzl. Mais le penseur sioniste qui a développé les idées économiques et sociales les plus originales dans ce domaine est, peu de gens le savent, le « Roch Betar », Vladimir Zeev Jabotinsky.
Jabotinsky avait passé ses années de jeunesse en Italie (sa « patrie spirituelle ») et il étudia à Rome, où il fut exposé aux conceptions socialistes, notamment par le biais de son professeur Antonio Labriola, comme il le relate dans son autobiographie :
Toutes mes conceptions relatives aux problèmes nationaux, de l'État et de la société se sont forgées au cours de ces années, sous l'influence italienne ; c'est là-bas que j'ai appris à aimer l'architecture, la sculpture et la peinture... À l'université, mes maîtres étaient Antonio Labriola et Enrico Feri. J'ai conservé la croyance en la justesse du régime socialiste, qu'ils ont semée dans mon cœur, comme quelque chose allant de soi, jusqu'à ce qu'elle soit détruite de fond en comble par l'expérience rouge en Russie.

Rome au début des années 1900
11:25 Publié dans Jabotinsky, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jabotinsky, israel, sionisme, pauvrete, popper-lynkeus
10/05/2013
Prague 1951 : dans l'ombre du procès Slansky, Par Liliane Lurçat
J'ai eu la chance, ou la malchance, de me trouver souvent au mauvais endroit et au pire des moments : on appelle cela les hasards de la vie. Cela m'a permis de voir des choses qui ont déterminé ma vie, sans comprendre, sur le moment, la signification de ce que je vivais, dont la portée m'échappait totalement et pour longtemps encore.
J'étais jeune, étudiante en psychologie, mère d'un petit Olivier âgé de 17 mois, épouse d'un étudiant en philosophie. Sans un sous, nous étions en quête de travail. On nous proposa alors d'aller à Prague.
On devait déménager le siège du Conseil Mondial de la Paix dans cette ville. Ce mouvement d'obédience communiste, se trouvait jusque-là à Paris.
A l'époque, comme beaucoup d'étudiants un peu paumés dans la Sorbonne, je m'étais inscrite au parti communiste qui recrutait parmi les étudiants. Le parti communiste se glorifiait d'être le « parti des fusillés » pendant la résistance.

J'étais candide, sans méfiance, fâcheux défaut bien connu de ma mère qui me disait : « reste assise sur ton c... il ne t'arrivera rien » (ça sonne mieux en Yiddish).
Si j'avais obéi, ma vie aurait été sûrement différente et je ne raconterais pas mes mésaventures tchèques.
La fédération de Paris du Parti communiste Français nous demanda de remplir une biographie. Parmi les questions : « Avez-vous voyagé ? » j'ai répondu : « mon dernier voyage date de mes quatre ans, nous sommes retournés en Palestine en 1932, mais mon père s’est retrouvé au chômage et nous avons dû rentrer en France »
« Bête et disciplinée » selon la formule de mon amie Rachel, j'ai rempli ma « bio » en rajoutant ce qui n'était pas demandé et qui constituait une bombe à retardement, le nom de mon frère Ménahem officier de l'armée d'Israël.
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