29.01.2012
Humains, trop humains... Réflexions après le carnage d’Itamar
Je remets en ligne ces réflexions parues après l'attentat terrible d'Itamar il y a aujourd'hui 11 mois. P.I.L
“En chaque homme juif se trouve profondément enfouie la tendance à interpréter un malheur qui le frappe comme l’expiation d’une faute commise”.
Theodor Lessing
Le terrible attentat d’Itamar pose à nouveau, dans toute son horreur, la question ancienne et sans cesse récurrente de la haine d’Israël. Depuis 2000 ans et plus que nos ennemis nous tuent, depuis des siècles de massacres, de pogroms, de persécutions, de bûchers de l’Inquisition et de bains de sang, la même question revient toujours sur nos lèvres : “Pourquoi ?” Curieusement, le peuple Juif qui n’a jamais connu de répit dans son histoire bimillénaire et qui est sans doute le peuple le plus expérimenté au monde en matière de souffrance, reste toujours aussi surpris et étonné face à ses ennemis. Pourquoi nous haïssent-ils ?
La réponse juive traditionnelle à cette question est que Esaü (et Ishmaël) nous détestent depuis les origines de notre histoire, parce que nous sommes le peuple élu par D.ieu, destinataire de sa Torah. Plus précisément, comme l’explique le Rav Ben Ishaï – dont la fille, le gendre et trois petits-enfants ont été assassinés à Itamar – ils nous haïssent parce qu’ils veulent s’attaquer à D.ieu lui-même. Mais cette explication s’est souvent accompagnée d’une autre interprétation, opposée, voulant faire de nos ennemis l’instrument de la colère divine : s’ils nous haïssent, c’est parce que nous sommes coupables !
Rejetant ces explications théologiques, le sionisme politique a lui aussi voulu répondre à cette question. Sa réponse a pris la forme d’un constat lucide et désabusé : la haine des Juifs est éternelle. Il ne nous sert donc à rien de vouloir nous assimiler parmi les nations. Recouvrons notre indépendance et nous pourrons nous défendre contre nos ennemis. C’est ce pessimisme lucide et ce refus de la passivité juive traditionnelle qui ont été les moteurs essentiels du mouvement sioniste. Pourtant, l’idée que la haine d’Israël pouvait n’être que passagère et que nous en étions les principaux responsables n’a pas disparu. Elle est même revenue sur le devant de la scène avec le processus d’Olso.
Le plus grand mensonge du “processus de paix” réside en effet dans la croyance, totalement irrationnelle et sans cesse démentie par les faits – croyance qui relève du faux messianisme de “La Paix maintenant”, aussi dangereux que le fut en son temps le sabbatéisme – que nos ennemis sont en train de changer. Comme s’il suffisait d’être humains et généreux et de leur faire des “concessions douloureuses” pour qu’ils cessent de nous haïr et de nous tuer… Or le carnage d’Itamar montre une fois de plus – une fois de trop – que nos ennemis ne changeront pas. Leur haine ne disparaîtra jamais, quoi que nous fassions. Car elle est éternelle, comme l’avaient bien compris les pères fondateurs du sionisme politique, et comme le disait un des dirigeants les plus lucides d’Israël, Itshak Shamir, dans son style imagé : “la mer sera toujours la mer et les Arabes seront toujours les Arabes”.
Cessons de nous comporter en agneaux dans un monde de loups !
Nos ennemis ne changeront pas. C’est donc à nous de changer ! Cessons de nous comporter en modèles d’humanisme, en agneaux dans un monde de loups. Devenons une fois pour toutes, comme l’exigeait Jabotinsky, une ‘race fière et cruelle’. Cessons de vouloir faire de Tsahal l’armée “la plus morale du monde” * et contentons-nous d’en faire l’armée la plus efficace pour défendre notre pays contre ses ennemis ! Retirons à la Cour suprême la compétence exhorbitante (et illégale) que se sont arrogée les juges Aharon Barak (ami personnel du Juif renégat Richard Goldstone) et Dorit Beinich, de prétendre dire aux officiers de Tsahal ce qu’ils ont le droit de faire et de ne pas faire dans leur mission sacrée de défense d’Israël.
[...]
LIRE LA SUITE DANS LE DERNIER NUMERO D'ISRAEL MAGAZINE.
* Voir notre article, “Tsahal, l’armée “la plus morale du monde”, Ashdod Aujourd’hui, février 2010.
13:09 Publié dans Antisemitisme, Histoire, Jabotinsky | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.01.2012
"Dans la ville du massacre" : Le pogrome de Kichinev sous la plume des écrivains
Je dédie cet article inédit à la mémoire des victimes du pogrome d'Itamar, membres de la famille Fogel, dont nous marquerons demain la hazkara. P.I.L
On connaît bien le rôle généralement attribué à l'affaire Dreyfus dans la genèse de la doctrine de Théodor Herzl, le fondateur du sionisme politique. Neuf ans après la rédaction de l'État juif, en 1903 – un an avant le décès du "Visionnaire de l'État" – un autre événement va secouer les consciences juives et avoir des répercussions considérables sur l'histoire juive. A Kichinev, en Bessarabie, un pogrome terrible se déroule pendant trois jours de suite, faisant plusieurs centaines de victimes, morts et blessés. Plus encore que l'ampleur du drame, c'est son impact sur plusieurs écrivains juifs – et notamment H. N. Bialik et Jabotinsky – qui va donner à cet événement une importance majeure.
« Les émeutes anti-juives de Kichinev, Bessarabie, sont pires que ce que le censeur autorisera de publier. Il y a eu un plan bien préparé pour le massacre général des Juifs, le lendemain de la Pâque russe. La foule était conduite par des prêtres et le cri général, "Tuons les Juifs", s'élevait dans toute la ville. Les Juifs furent pris totalement par surprise et massacrés comme des moutons. Le nombre de morts s'éleva à 120 et les blessés à environ 500. Les scènes d'horreur pendant le massacre furent indescriptibles. Les bébés furent littéralement déchiquetés par la foule frénétique et assoiffée de sang. La police locale ne fit aucune tentative pour arrêter le règne de la terreur. Au coucher du soleil, des piles de cadavres et de blessés jonchaient les rues. Ceux qui purent échapper au massacre se sont sauvés, et la ville est maintenant pratiquement vidée de ses Juifs ».
Cette description publiée dans le New York Times fin avril 1904 donne une idée de l'horreur du pogrome de Kichinev. Il ne s'agit certes pas du premier pogrome en Russie : les premières émeutes antijuives remontent à l'année 1881, date à laquelle le mot entre dans le vocabulaire politique moderne. Mais alors que les violences des années 1880 ont laissé de marbre l'intelligentsia russe et l'opinion occidentale, le pogrome de Kichinev va par contre susciter une vague de réprobation internationale. Des manifestations se tiennent ainsi à Paris, Londres et New-York. Les gouvernements occidentaux protestent officiellement contre la passivité de la police du Tsar, qui a laissé faire les pogromistes pendant trois jours.
Pourtant, ce ne sont pas les journalistes et les diplomates qui vont transformer Kichinev en événement marquant et en tournant de l'histoire juive, mais bien les écrivains. Au lendemain du pogrome, plusieurs écrivains russes publient ainsi des articles virulents, parmi lesquels Maxime Gorki et Léon Tolstoï. Ce dernier écrit notamment que "le crime de Kichinev est la conséquence directe de la propagande mensongère du gouvernement russe".
Mais c'est un autre écrivain, juif, qui va immortaliser l'événement dans un poème dont la force touchera les consciences et bouleversera les lecteurs. Haïm Nahman Bialik (PHOTO CI-CONTRE), âgé de trente ans, est envoyé sur les lieux du pogrome par la Commission historique de la communauté juive d'Odessa, pour y interviewer des survivants. Il en reviendra avec un de ses plus fameux poèmes, Dans la ville du massacre.
21:39 Publié dans Antisemitisme, Histoire, Jabotinsky | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kichinev, pogrome, jabotinsky
16.01.2012
Une visite en Eretz-Israël en 1909 - par Vladimir Jabotinsky
Extrait de L'Histoire de ma vie, de Jabotinsky, parue récemment aux éditions les Provinciales
De Salonique, je me rendis par la mer en Eretz-Israël. Il est inutile, dans un livre qui sera publié à Tel-Aviv, de décrire le Yichouv juif tel qu'il était en l'an 5669 [1909] ; je me contenterai de rappeler certains détails, sans doute oubliés, et dont certains étonneront peut-être, en raison de la différence considérable entre le passé et le présent. À Jaffa, je logeai dans la maison de Dizengoff, mon ami d'Odessa ; sa femme se rendait tous les matins à la pompe et tournait la roue de ses mains fines, un rire joyeux sur son noble visage ; et son mari m'invita à faire une promenade sur les dunes, au nord de Jaffa, et me dit : - nous avons acheté cette parcelle, et nous y construirons un faubourg juif, si Dieu le veut, et au milieu du faubourg nous construirons un immeuble pour le lycée – c'est-à-dire, si nous trouvons quelqu'un qui apporte l'argent.
Dans les moshavot, je rencontrai des petites équipes d'ouvriers : ils me reçurent comme un frère et me demandèrent de leur raconter ce qui se passait dans le monde, dans mon pauvre hébreu. Ecoutant ce qui se passait en Turquie, ils répondirent, à tout propos ; - Qu'est-ce que cela peut faire ? Cela n'a pas d'importance, la question essentielle est de savoir pourquoi il n'y a pas d'alyah en provenance de Russie ? –
Je montai vers la Galilée ; des groupes de travailleurs m'accompagnèrent de moshava en moshava, cherchant du travail, et la plupart portaient un fusil en bandoulière et une ceinture remplie de cartouches. En chemin, nous croisâmes souvent un garde juif à cheval, lui aussi armé d'un fusil. « Qu'arrivera-t-il si tu rencontres un gendarme du gouvernement ? » – « Il me dira : Shalom, 'Hawadja ». À Misra, au pied du mont Thabor, j'entrai dans la maison de l'instituteur, jeune homme robuste, large d'épaules, qui me raconta : « Avant-hier, je me rendais à cheval à Sejera, je croisai en chemin un Arabe, lui aussi à cheval ; il arrêta sa monture et me demanda d'allumer sa cigarette, avec celle que j'avais dans la bouche : c'est la manière de procéder habituelle des voleurs de grand chemin dans notre région – son intention était de m'agripper soudainement et c'en était fini de moi. Je sortis mon pistolet, plantai ma cigarette dans le canon et lui tendis : « Allume ! » Il me raconta aussi qu'une semaine seulement auparavant, la « guerre » avait pris fin dans leur région : deux tribus bédouines s'affrontaient, pendant près de deux mois, il y eut des blessés et des morts.
À Tibériade, je tentai de m'adresser en hébreu au fils de l'aubergiste, un garçon de quatorze ans, élève de la yeshiva aschkénaze, qui me répondit en yiddish. « Tu ne connais pas la langue sacrée ? » Il baissa la tête et m'expliqua : « Le rabbin a dit, qui parle en hébreu ? Les Juifs apostats parlent en hébreu ». Et du haut du mont Thabor je vis un désert sauvage, c'était la vallée de Jezréel.
commander Histoire de ma vie, de Vladimir Jabotinsky,
texte traduit de l’hébreu et présenté par Pierre Itshak Lurçat.
19:44 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note













